Taisen Deshimaru - Le Livre des Sutras - Soto Zen

Autant le livre dont je parlais précédemment est de peu de valeur autant celui-ci n'a pas de prix. J'ai rarement eu entre les mains un livre aussi beau. Et comme, ainsi va la vie des livres, celui-ci est destiné à rejoindre une plus grande bibliothèque que la mienne. Je ne pourrais donc m'enorgueillir d'avoir eu ce livre très longtemps dans ma bibliothèque. Je souhaitais malgré tout en garder une trace photographique... et j’essaierais d'en trouver un exemplaire identique au niveau du contenu mais de moindre valeur en tant qu'objet. Il me semble que celui -ci n'existe qu'à mille exemplaires. Cette édition a été offerte en fuse par un moine du nom de Guiseppe Ku Gen Figini en 1981 à Deshimaru.
Il regroupe des sutras en français et en anglais d'un côté et la version originale de l'autre côté du papier. Il regroupe aussi des textes de Dogen ainsi que des poèmes de différentes provenances dont ceux de Deshimaru lui-même. Ils ne sont pas indiqués dans la table des matières ci-dessous mais sont des suppléments. Je suppose qu'il s'agit des textes auxquels Deshimaru tenait le plus. Les textes dans leur sobriété sont d'une saisissante beauté. Quel trésor! Heureusement que je ne vais pas le garder sinon j'avoue que j'aurais pu m'y attacher.












Yu Li - La chair comme tapis de prière

Quel homme au cœur droit ne brûlerait de réformer des mœurs si dégradées! S'il s'avise d'écrire un traité de morale pour persuader seulement les gens d'être bons, pas besoin de dire que personne ne dépensera un sol pour acheter son livre et quand même un généreux donateur en aurait payé l'impression, le brochage, la reliure et l'aurait offert gracieusement au public, quand les donataires ne le déchireraient pas pour s'en faire des papillotes ou pour allumer leur pipe, qui daignerait y jeter un coup d’œil. Mieux vaut donc résolument appâter le lecteur par des histoires licencieuses, de sorte que quand il se sera laissé prendre par ce qui le flatte, soudain on l'effrayera par quelques mots qui placés en coups d'épingle, lui arracheront cet aveu : "C'est donc ainsi que celui qui s'applique aux voluptés, à la longue finit par devenir un fantôme au milieu des beautés qui passent comme les pivoines; ce n'est que renom vide, on y perd le réel vrai". Peu à peu on lui soulignera un ou deux points de telle sorte que quand il en arrivera au châtiment clair et net, celui-ci lui apparaîtra comme la rétribution nécessaire à la luxure"..."Dès lors, il hésitera à prendre le chemin du mal, à s'endetter, sous peine de devoir rembourser au centuple"

"Allez chercher la plus belle femme de la terre... Quand vous serez parvenu à l'illumination à force de prier sur ce tapis de chair, vos yeux s'ouvriront sur la réalité."

"Pour étudier le bouddhisme, il faut passer par des amertumes, il faut sans cesse se fatiguer la chair, et mortifier son corps de sorte que le froid et la faim vous oppressent chaque jour jusques à tant que les pensées de luxure ne puissent naître; alors les jours de pureté succèdent aux jours d'impureté; et naturellement on deviendra Bouddha sans qu'il soit même besoin de lire les soûtras"

"Si l'on se nourrit sans labourer et si l'on se vêt sans tisser (...) alors à force de manger tout son soûl la pensée vagabonde; à force d'avoir son corps au chaud, on aime le sommeil. Si la pensée vagabonde, elle rencontre des objets voluptueux et si l'on dort, les désirs s'éveillent dans les songes. Etudierait-on beaucoup , on n'en deviendrait davantage bouddha"

"Pour étudier le bouddhisme, il faut s'abstenir des plaisirs et avoir erré parmi les dix-huit degrés de la prison terrestre."

"Même s'il n'y a pas de ciel, on ne peut pas ne pas considérer le ciel comme l'échelle vers le bien: et même s'il n'y a pas d'enfer, on ne peut pas ne pas considérer l'enfer comme une chute dans le mal et son châtiment."

"Priez assis sur un tapis de chair
Il ne tardera pas à venir le temps du remords
Ne vous lamentez pas sur un cercueil déjà clos"

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Un livre qui ne vaut guère plus que le prix que je l'ai acheté (d'occasion). Les histoires licencieuses, souvent un peu lassantes, ont au moins le mérite d'être drôles. Il est bien curieux de voir que l'homosexualité et la pédophilie soient si facilement accepté au cœur même du bouddhisme entre moines anciens et novices. La rencontre du personnage principal avec un maître tchan au début et à la fin du livre restent mes moments préférés. Je tiens à préciser qu'au moins, eux, ils ne couchent pas ensemble.