Tordage de nez

 Commentaire d'un commentaire d'une page de bd qui raconte comment un disciple de Kapleau à tordu le nez de Douglas Harding
 http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2018/03/09/36212705.html

"Ce n est pas parce que l on vit l éveil que l on doit tout accepter. Il y a des comportements déplacés et celui là en est un. Je ne pense pas qu il y avait une raison spirituelle" Nicolas

ahahah une raison spirituelle!. Je pense que c'était une façon de rappeler à Douglas Harding qu'un éveil désincarné est une illusion. Et que contrairement à ce qu'il pense, il n'a pas complètement perdu la tête.

Qu'il se soit mis en colère ou pas n'aurait rien changé à la leçon. Est bien arrogant celui qui prétend faire la leçon aux autres sans jamais en recevoir.

"Mais je connais son histoire et sait toute l énergie qu il a dépensé pour transmettre ce cadeau. Il est tout à fait normal que ce "tordage" de nez ne lui ai pas plus. On en revient tjrs au fait que l être humain accepte difficilement ce qui lui ai donné"Nicolas

Douglas Harding n'a visiblement pas apprécié à sa juste valeur le cadeau de Kapleau. Plus le cadeau est gros plus il est difficile à accepter. Un coup de Kyosaku sur l'épaule aurait peut-être été plus sympathique qu'un tordage de nez et peut-être moins contre-productif. Parce qu'au final il n'est certain que Douglas Harding ait compris la leçon. Les éveillés ne sont pas toujours très malin.

A propos des renaissances.

  1. "Sa propre promotion au sein du système SKM ne l’intéresse pas, il s’intéresse au bien des êtres. La réincarnation ne fait pas partie de ses préoccupations."

    Mais c'est quoi le bien des êtres si ce n'est leur libération du cycle des renaissances.

    Dogen critique sévèrement le taoïsme:
    "Ils prennent pour essentiel la science de servir le Seigneur avec loyauté et de gouverner la famille durant à peine une vie."

    Maître Dôgen - Le moine ayant atteint le quatrième stade de méditation [Shizen-biku] - Shôbôgenzô, la vraie Loi, Trésor de l'Oeil - Tome 8

    Derrière le "à peine une vie" il faut entendre une critique de la vision court-termiste de celui qui souhaite sortir du réincarnationisme

    Mais si d'un côté il fustige ceux qui ne croient pas à la Loi de causalité (qui implique une rétribution karmique) d'un autre
    il insiste sur l'importance de faire passer les autres avant soi-même au moment de la libération.

    Pour des questions de cohérence on est bien obligé de maintenir comme un choix éthique également valable les renaissances et la libération.

    L'erreur c'est surtout de confondre réincarnation et renaissances.
    Quelqu'un qui se convertit à une autre religion change de nom, ce n'est plus la même personne même s'il fallait bien qu'il y ait quelqu'un au préalable. Entre deux renaissances il y a un lien causal mais presque rien en commun. On donne l'image des deux plateaux quand l'un descend l'autre monte sans rien qui passe de l'un à l'autre.
    On peut donc concilier absence de soi et continuité causale à travers la notion de renaissance.
    Même si la personne qui va renaitre à ma mort ce n'est pas vraiment moi, d'un point de vue éthique, je ne dois pas lui pourrir karmiquement sa prochaine existence.

    Dire "La réincarnation ne fait pas partie de ses préoccupations" me semble fallacieux.
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  2. Oui, j’aurais dû dire qu’elle ne fait pas partie de mes préoccupations :-)

    Blague à part, on peut opposer des citations et les opinions des divers maîtres, il reste un fait que le Bouddha vivait dans un monde, où cette croyance était répandue. Selon sa légende, lui-même, en tant que śramaṇa avait cherché à sortir du système SKM. Et en tant qu’instructeur il enseigna aux śramaṇa comment en sortir, tout comme il pouvait enseigner aux brahmanes conformément au brahmanisme, en utilisant la terminologie et les images brahmanistes. « Croyait »-il en Brahma, à la réincarnation, à la réalité du SKM ? Il enseigna la libération (mokṣa) ou le nirvāṇa. Cette liberté-là a-t-elle besoin de la réincarnation ? Le chemin vers cette liberté passe-t-il par la croyance en la réincarnation ?

    En revanche, il a dit que le désir ou la soif (rāga) d’une existence sensorielle (kāma), matérielle subtile (rūpa) ou immatérielle (arūpa) était une entrave à la libération. A chacun de voir si sa croyance en la réincarnation comporte le désir d’une de ces existences, et pourrait être une entrave. On pourrait déduire de cela que même le désir de ne pas/plus exister pourrait être une entrave aussi, même si on voit mal de quelle façon on existerait si ce n’est ni matérielle, ni matérielle-subtile ni immatérielle.

    Le bouddhisme n’est pas une foi qui libère. Le Bouddha n’oblige pas de « croire » en le karma et la réincarnation, et une telle « croyance » n’a en soi riend de libérateur. Il ne fustige pas non plus ceux qui n’y « croient » pas. Il dit de s’abstenir des actes non-vertueux et de pratiquer les vertus, ça oui, il le dit et il l’enseigne. Après, qu’est ce qui peut nous motiver à le faire en effet, c’est une question de disposition je pense.
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  3. Oui, je suis d'accord. Il y a de nombreux passages dans lesquels le Bouddha dit que la croyance en la réincarnation peut être un obstacle à la libération.

    "On pourrait déduire de cela que même le désir de ne pas/plus exister pourrait être une entrave aussi"

    C'est pourquoi dans le zen soto, on ne recherche pas l'éveil et que l'on considère que c'est la pratique elle-même qui est l'éveil ("s’abstenir des actes non-vertueux et de pratiquer les vertus")

    "Le Bouddha n’oblige pas de « croire » en le karma" mais il dit dans un soutra (Soutra de la pousse de riz) que celui qui comprend le karma, la loi de causalité comprend le Dharma. Celui qui comprend, parce qu'il en fait l'expérience, n'a pas besoin d'y croire.

    Poser le problème en terme de croyance c'est à mon avis mal poser le problème.

    Dans le zen on dit parfois qu'on peut expérimenter en zazen la transmigration dans les six mondes d'existence. A partir du moment où vous en faites l'expérience vous ne le posez plus en terme de croyance. Mais cela ne suffit pas pour nous motiver.

    Dogen écrit :
    "Il y en a qui ont obtenu, de façon innée, le pouvoir surnaturel de connaître leurs vies antérieures. Et pourtant, ils n'ont pas pour autant obtenu la graine de l'éveil parfait ; ils auraient plutôt éprouvé l'effet de leurs mauvais actes. "

    Se souvenir de ses vies antérieures n'aide pas contrairement au fait d'éprouver les conséquences négatives de nos actes.

    Or nous avons tendance à dire que ce qui importe c'est l'instant présent. Et nous nous représentons cet instant présent comme un point qui se déplace sur la ligne du temps. Réincarnation ou pas nous nous identifions à ce point.
    Celui qui s'éveille par la pratique prend conscience que l'instant présent n'est pas un point sur la ligne du temps mais la ligne du temps elle-même. C'est à partir de là que nous disons dans le zen qu'il n'y a plus ni vie ni mort. Cela élargit considérablement la perspective (ou la retourne) sans contredire l'idée de renaissance.
    Nous savons que nos acte vertueux porteront leur fruits. Et ce qui nous semble une bonne disposition innée n'est jamais qu'une bonne disposition acquise dans une vie précédente.

    Et de ce fait, effectivement, les renaissances cessent d'être une préoccupation.
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  4. Je fais la différence entre la production conditionnée (causalité), dont on peut faire l’expérience et les spéculations d’une nature plus anecdotique, et dont on ne peut pas faire l’expérience ni établir des liens de cause à effet, ici et maintenant. Comme vous dites, imposer une croyance ou fustiger le manque de croyance, ce serait mal poser le problème d’un point de vue bouddhiste.

    Au niveau du Dharma, de la production conditionnée, et de la pratique, on peut travailler sur les passions (kleśa), qui sont les causes des « six mondes ». Après, la façon d’éprouver les effets de ces passions, c’est anecdotique. Ce qui concerne un bouddhiste est le travail sur les causes. Même le pouvoir surnaturel de connaître ses vies antérieures, devait-il exister, ne le concerne pas. Autant regarder Netflix.

    Je suis d’accord en grande partie avec vous. Quant à savoir que nos actes vertueux porteront leurs fruits, c’est évidemment ce que l’on espère. Mais sur ce point, je suivrais plutôt la notion des actes désintéressés du Bhagavan Gita. Même si le fruit ne se produit pas, j’aurais bien agi. Ou Seneca qui dit que la récompense de la vertu est la vertu.
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  5. Curieusement ce qui me choque dans votre réponse c'est le "Autant regarder Netflix." Au delà de la provoc, je ne sais pas trop pourquoi ça me choque autant. Vous voulez dire par là que vous ne vous sentez pas plus concerné par vos vies passées que si c'était du cinéma.

    Ça m'évoque deux choses que j'ai lu chez Ian Alexander qui est passé sur votre blog pour vous parler "Chakras" (ce qui m'a bien fait rire)
    D'une part c'est de sous-estimer à quel point le cinéma et les séries sont susceptibles d'avoir une mauvaise influence sur notre psychisme. (j'avoue ne pas connaitre l'offre Netflix). J'ajoute pour ma part qu'il semblerait même selon pas mal d'études que la catharsis en tant que purification des passions soit une grosse ânerie.

    D'autre part, il s'était étonné sur son blog qu'un traducteur de textes bouddhistes qu'il avait rencontré IRL se sente aussi peu concerné par ce que racontaient les textes qu'il traduisait, notamment sur le plan pratique.

    Je ne dis pas que c'est votre cas.

    Au delà du caractère très secondaire de la connaissance de mes vies antérieures, j'avoue que je ne détesterais pas rencontrer un maître qui me dirait où j'en suis sur la voie, quelle est la prochaine étape et comment gravir la prochaine marche. Et si au passage il pouvait réparer mon appareillage énergétique, je ne dis pas non. ...Pour pouvoir mieux aider les autres ensuite, évidemment. Alors que Netflix... Passons...

    J'ai néanmoins beaucoup de gratitude pour les traducteurs qui mettent à notre disposition tant de textes. Merci, au passage.
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  6. Merci de votre message. La remarque sur Netflix est un peu provocatrice, je le concède. Les Jatakas qui racontent des vies anétrieures du Bouddha sont très distrayants, et édifiants comme peuvent l’être les fables. Pour le reste, je n’en tire pas grand-chose. Je suis à la limite plus intéressé par la vie future. J’espère que vous rencontrerez un maître qui vous racontera vos vies passées et qui vous aidera à réparer votre appareillage énergétique. :-)
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  7. Je suis désolé j'ai l'esprit d'escalier je viens de comprendre ce qui me choque dans "Autant regarder Netflix". Ce serait l'idée que si nous n'avons pas de moi substantiel, une expérience en troisième personne équivaudrait à une expérience en première personne.
    Or comme le dit Nietzsche "Personne ne peut tirer des choses, y compris des livres, plus qu’il n’en sait déjà. Ce à quoi l’on n’a pas accès par une expérience vécue, on n’a pas d’oreilles pour l’entendre" C'est évident pour les chakras.

    Le pouvoir de connaitre ses vies antérieures et futures s'accompagne parfois du pouvoir de connaitre les vies antérieures et futures des personnes à qui on s'adresse... ce qui permet d'adapter son discours à la personne à qui on s'adresse.

    C'est probablement ce qui m'a fait rire en lisant Ian Alexander. Bien que ne bénéficiant pas d'un tel pouvoir son discours m'a semblé peu adapté à ce blog. Je me trompe?

    Pour finir: Les deux inconvénients de ne pas croire aux renaissances c'est d'errer en vain de vie en vie et l'autre c'est de répéter indéfiniment les mêmes erreurs sans le savoir.
    C'est probablement ce qui fait de la pensée de l'éternel retour, une pensée possédant par elle-même une efficacité libératrice pour Nietzsche.

Monde invisible

Je voulais reprendre ici ce que j'écrivais en commentaire d'un article de blog qui s'intitulait "Laisser tomber les divinités bouddhiques ?" pour le développer un peu.

Je ne pense pas qu'il soit indispensable, du moins au début, de se relier au monde invisible (dans lequel les yidams sont loin d'être des abstractions) mais nier ce monde invisible me semble aussi stupide que si un aveugle niait l'existence des couleurs sous prétexte qu'il ne les voyait pas.
Je soupçonne les tibétains de tenir un double discours l'un exotérique pour les occidentaux aveugles et un autre plus ésotérique pour les initiés sans y voir pour autant de la malveillance bien au contraire. 
Il s'agit de s'adapter au niveau spirituel des personnes à qui on a affaire. A quoi bon parler de l'existence de ce que l'autre ignore puisqu'il y est totalement insensible et qu'il y a peu de chances que cela change. Autant éviter les dialogues de sourds avec des aveugles. C'est du bon sens.

Cela ne me semble pas indispensable également parce que rares sont les yidams disposés  à nous aider.
Les yidams ont probablement mieux à faire que de s'occuper de créatures aussi peu évoluées que nous. C''est ce en quoi je rejoins Epicure : Les dieux existent mais ils ne sont pas à craindre."

L'article ouvrait sur l'idée d'un bouddhisme plus séculier telle qu'on l'a trouve chez Stephen Batchelor et concluait sur :
" En conclusion, je dirai que le bouddhisme gagnerait à sortir de la foi du charbonnier et à mettre en avant une philosophie rationnelle plutôt que son aspect strictement dévotionnel et affectif. "
Le problème c'est que la plupart des gens n'ont pas accès du tout au monde invisible et n'en ont qu'une connaissance par oui dire. Or il est difficile d'avoir la bonne attitude par rapport à cette connaissance par oui dire. 

Soit on est dans le déni en rejetant tout dans le trou noir des superstitions. Il faut dira aussi que beaucoup de gens en parlent à partir de cette connaissance par oui dire sans en avoir l'expérience d’où le l'impression d'avoir souvent affaire à du grand n'importe quoi.

Soit on y accorde foi pour des raisons qui peuvent être plus ou moins bonnes.  
L'une des raisons d'y donner foi c'est qu'il semble peu probable de faire l'expérience de ce monde invisible si on n'est pas dans une bonne disposition d'esprit. Être dans le déni est le meilleur moyen de s'en interdire l'accès. C'est ce qui fut longtemps ma position.

Mais avant cela on pourrait se demander l'intérêt d'accéder à ce monde invisible. Il semble quand même de peu d'intérêt à moins d'en faire commerce que ce soit pour de bonne raison comme soigner les gens ou pour de mauvaises raisons comme faire fortune. Il ne faut pas passer sous silence non plus que ce n'est pas sans danger. Plus d'un y ont perdu la raison.  Il me semble donc défendable d'être dans le déni pur et simple du monde invisible. C'est le meilleur moyen pour que celui-ci vous laisse tranquille. D'autant plus qu'à moins d'être bien entouré par des gens qui en ont l'habitude et en qui il serait souhaitable d'avoir confiance il est délicat de savoir exactement à quoi on à affaire.

Sur ce sujet,  j'ai changé d'avis. Il me semble désormais qu'un accès minimaliste et progressif peut être bénéfique à condition de cultiver de bonnes dispositions d'esprit et de combattre ses démons personnels. Autant dire que le gros du travail à faire, du moins dans un premier temps, ne se situe pas dans le monde invisible. En effet, l'autre gros danger du monde invisible c'est de courir après des chimères sur fond d’ennui. Ce qui est le meilleur moyen d'y perdre sa raison. Si s’intéresser au monde invisible permet de devenir une meilleur personne, alors pourquoi pas, sinon autant laisser tomber.

Fleurs de basilic Thaï

C'est le Basilic thaï qui se porte le mieux et qui nous montre ses premières fleurs.

Joshin Luce Bachoux - Tout ce qui compte en cet instant

Voici à nouveau le livre d'une nonne zen. Il s'agit de petites tranches de vie saisie le plus souvent sur le vif. C'est parfois léger et inégal mais au moins ça ne ressasse pas trop les lieux communs du zen. Il date de 2009.

"Dans la salle d'attente du dentiste, je feuillette distraitement une revue jusqu'au moment où mon regard s'arrête sur les photos : ici un bassin aux lotus entouré d'herbes aquatiques (...) Depuis que je vis dans les montagnes, la nature m'appelle"

Encore un livre qui s'ouvre sur Mujo seppo, le chant du monde.

"Je me souviens que lorsque j'étais plus jeune, ma mère me répétait que je ne savais pas voir un arbre:"il faudrait qu'il te morde le nez" (...) "Plus tard pourtant (...) je compris ce qu'elle voulait dire :  pour la première fois je voyais un arbre, puis un autre, et d'autres encore... Non seulement ils étaient tous différents, mais je découvrais que le vert se déclinait en mille nuances en reflets inépuisables." C'était comme un éveil au monde; je vois que le doux frémissement argent des oliviers se détachait sur le vert profond des grands cyprès; que le vert fané des feuilles de chêne ne se confondait pas avec la douceur des amandiers.. (pourtant, longtemps encore la nature n'allait rester qu'un cadre pour mes plaisirs et mes émotions. Mais à vivre dans la beauté petit à petit, le cœur s'éveille. Ce fut la montagne qui me l'enseigna (...) je pris conscience de mon poids sur la terre et de la solidité de la terre sous mes pieds. Je marche sur du vivant"

Ah j'ai eu peur qu'elle n'arrive pas à la dimension vivante de ce qui nous entoure.C'est une chose de percevoir la beauté du monde. C'en est une autre d'en percevoir le caractère vivant.

---------Edit------------

Je viens de le terminer. Je reviens sur ce que j'ai écrit. Ce n'est pas toujours léger mais c'est souvent profond. Comme par hasard les deux chapitres que je préfère sont ceux qui ouvrent et ferment le livre.

"- Que fais-tu grand-mère, assise là, dehors, toute seule?
-Eh bien, vois-tu, j'apprends. J'apprends le petit, le minuscule, l'infini. J'apprends les os qui craquent, le regard qui se détourne. J'apprends à être transparente, à regarder au lieu d'être regardée. (...)
-Comment est-ce que tu apprends tout cela, grand-mère?
-J'apprends avec les arbres, et avec les oiseaux, j'apprends avec les nuages. J'apprends à rester en place, et à vivre dans le silence. J'apprends à garder les yeux ouverts et à écouter le vent, j'apprends la patience et aussi l'ennui. (...) J'apprends à passer sans laisser de traces, à perdre sans retenir et à recommencer sans me lasser. J'apprends à me réjouir au début du printemps et à la fin de l'automne, à voir un arc-en-ciel dans une goutte de pluie et une vie entière dans une gouttelette de soleil qui scintille sur une pierre. (...)
-Grand-mère, je ne comprends pas, pourquoi apprendre tout ça?
- (...) Parce que, avec l'élan de la vague et le long retrait des marées, j'apprends à voir du bout des doigts et à écouter avec les yeux. J'apprends qu'il n'est pas de temps perdu, ni de temps gagné mais que l'infini est là, dans chaque instant, cadeau trop souvent refusé dans le torrent des jours.
 C'est étonnant je pensais que Mujo Seppo était une thématique que l'on trouvait assez peu chez les occidentaux... Évidement, à force de fréquenter des pensées extra-occidentales on commence à écouter avec les yeux et voir en touchant le réel. 

Pour conclure je dirais que c'est un livre très agréable à lire. Il y a quelques chapitres sur ses séjours au Japon, on aurait bien aimé qu'il y en ait davantage.  Plusieurs chapitres m'ont vraiment touché mais je n'en dirais pas plus.

Tulsi ou basilic sacré

Malgré le fait que j'en consomme quotidiennement, voici à quoi ressemble mes trois pots de tulsi au 23 mars 2018.  A droite c'est ce que je prélève chaque jour que je mélange à un sachet de trois sortes de tulsi déshydraté. Les fleurs sont ce qui donne une saveur exceptionnelle à cette boisson. De plus, en déshydraté, le tulsi perd une partie de ses qualités mais je n'ai pas assez de tulsi en pot pour n'en consommer que du frais quotidiennement mais j'espère que ça viendra. J'ai l'intention d'en faire pousser dans mon jardin du vivace.

Petite revue de presse sur le Tulsi
"Certains des métabolites les plus importants de Tulsi sont: l’eugénol, la lutéoline, le géraniol, le thymol, le linalol, le camphre, le chavicol de méthyle, le citral, le taxol, le safrol, l’acide ursolique, l’apigénine…
L’acide ursolique, l’apigénine et le taxol sont impliqués dans les propriétés anti-cancer ; le citral dans les propriétés antiseptiques ; l’eugénol dans les propriétés anti-infectieuses, etc. 

En 2003, une équipe de scientifiques Indiens a analysé la quantité d’Eugénol présente dans les huiles des différentes parties végétales, de plantes cultivées de Tulsi, dans le sud du pays : 72.5%, 75.3%, 83.7% et 65.2% respectivement pour la plante entière, les feuilles, les tiges et les fleurs.

La seconde substance la plus présente après l’Eugénol était le β-caryophyllène (un terpène que l’on retrouve aussi en abondance dans les huiles essentielles du giroflier, du poivre noir, du romarin, du houblon, de l’origan, de la cannelle et … du cannabis. Car le β-caryophyllène est un cannabinoïde : c’est ce qu’a découvert une équipe de scientifiques Suisses et Allemands en 2008. [1] Et pas n’importe quel cannabinoïde: il agit spécifiquement sur les récepteurs CB2. C’est un agoniste fonctionnel CB2 et la recherche a, amplement, démontré l’extrême intérêt des cannabinoïdes sélectifs CB2 pour soigner l’arthrite [2], la cystite [3], la sclérose en plaques [4] et la démence associée au virus HIV [5].

Une étude récente (en 2013), des Dr. Racz et Dr. Zimmer, met en exergue les propriétés anti-inflammatoires du β-caryophyllène. Ils ont découvert, dans leurs essais cliniques, que le β-caryophyllène (oralement consommé) est beaucoup plus puissant que des injections de cannabinoïdes CB2 JWH-133 de synthèse." http://blog.kokopelli-semences.fr/2015/10/lepopee-des-cannabinoides-vediques-de-la-tulsi-a-la-ganja/
"Riche en antioxydants, le basilic sacré protège des effets du vieillissement et conserve l’intégrité des cellules soumises à des radiations néfastes en augmentant les taux de superoxyde dismutase et de superoxyde catalase, deux puissants antioxydant, comme le démontre des études effectuées sur des souris. (2)
Par ailleurs, cette plante calme le système nerveux et procure des effets adaptogènes qui fortifient l’organisme face au stress, diminuant ainsi la fatigue causée par le surmenage. Sa capacité de tonique nerveux réduit l’anxiété, aide à stabiliser l’activité mentale et soigne les états dépressifs ou apathiques. Les recherches suggèrent qu’il agit comme un analgésique inhibiteur de COX-2, apaisant la sensation de douleur.
De plus, le basilic sacré procure un effet anti-inflammatoire utile contre les inflammations bénignes et chroniques qui caractérisent l’état de certaines personnes vieillissantes ou stressées. (3)
Conséquemment, il s’agit d’un allié précieux dans la prévention du cancer et des maladies dégénératives. C’est aussi pour cela qu’il est considéré comme une plante dite rasayana en Ayurvéda, soit une plante régénératrice ou de jouvence.

Un allié pour l’immunité
Le basilic sacré est fréquemment employé pour soigner une variété de maux courants tels que les rhumes, grippes, congestions nasales et pulmonaires ainsi que les fièvres. Une variété de propriétés lui permet de ce rendre utile dans ces circonstances.
Diaphorétique, il aide les fièvres à aboutir en sudation et à prendre le dessus sur les infections. Légèrement antiseptique, antiviral et expectorant, il atténue les symptômes de la grippe et du rhume tout en éliminant les excès de mucus. Enfin, le basilic sacré agit directement pour stimuler et moduler le système immunitaire, ce qui contribue à le fortifier tout en soulageant en partie les réactions allergiques.

Un adjoint dans le contrôle du diabète
Des études cliniques effectuées sur des personnes diabétiques de type II consommant du basilic sacré démontrent des réductions importantes des taux de sucre observés à jeun. L’une d’elle a mesuré une réduction de 17,6% à cet effet. Le basilic sacré est donc considéré glycémiorégulateur, ce qui peut d’autre part contribuer à stabiliser l’appétit et à diminuer les fringales de sucre. (4)


Précautions de mise
À partir d’une certaine concentration, les huiles essentielles du basilic sacré sont potentiellement toxiques pour les embryons, bien que cela reste encore à démontrer. Ainsi, il vaut mieux éviter son usage pour les femmes enceinte et celles qui veulent le devenir, surtout s’il s’agit d’un produit qui concentre ses huiles essentielles.
Par ailleurs, des études préliminaires indiquent que l’activité du cytochrome P-450 pourrait être stimulée par le basilic sacré, ce qui accélèrerait l’élimination de certains médicaments.
Enfin, le basilic sacré est une plante réchauffante dont l’usage prolongé ne convient pas aux personnes dites « pitta » en Ayurvéda : celles-ci auront un tempérament plus impatient et colérique, des excès de chaleur, d’appétit et de libido, par exemple. En revanche, cet aspect réchauffant sera utile pour stimuler la digestion pour ceux et celles qui en ont besoin, tandis que son contenu en huiles essentielles prévient la formation de gaz dans l’intestin."
http://www.infonaturel.ca/Herbes_et_Plantes/Basilic_sacre.aspx

Le basilic est riche en huiles essentielles. C'est une plante réchauffante qui attise le feu digestif. Il permet d'éviter la fermentation responsables des ballonnements. Ses huiles essentielles équilibrent le système nerveux central, elles sont antispasmodiques, expectorantes, ainsi qu'anti-inflammatoires et anti-oxydantes en raison de la présence d'acide rosmarinique, 10 fois plus puissant que la vitamine C ou la vitamine E. C'est surtout la présence de stérols qui rendent le basilic intéressant, faisant de lui une plante qui supporte les glandes surrénales pour une meilleure gestion des émotions et du stress.
D'un point de vue subtil, le basilic aide à guérir les blessures survenant à l'occasion de relations mal vécues. On ne s'étonnera pas de ses effets sur la confiance en soi, qu'il renforce, en raison de son action tonique des surrénales.

Il existe une autre espèce de basilic bien connue des Yogis : le basilic sacré (Basilicum sanctum), plus connu sous le nom indien de « Tulsi ». Considéré comme une plante sacrée, on vénère en lui l'incarnation de la Mère Divine sur Terre. Le « Tulsi » une plante adaptogéne et anti-dépresseur. Il diminue le taux de cortisol sécrété par les glandes surrénales et est en cela propice à la méditation puisque lui aussi permet de diminuer le stress.
http://www.adityam-yogamassage.com/herboristerie/2016/9/6/le-basilic-pour-une-meilleure-gestion-du-stress
Je me demande si je ne vais ouvrir une rubrique jardinage...

Prunus Japonica.










Sinon j'ai planté mes graines de Basilic citron, Basilic cannelle, Basilic Thaï, Basilic grand vert, basilic géant monstrueux et basilic sacré. Les graines de basilic sacré je les ai trouvé sur ma plante mais c'est les seules qui n'ont pas germés. Au bout de quelques jours ça donne ça:





Lanau, 28 février, 7h30, -12°

La veille, j'avais médité dehors 35 minutes alors qu'il faisait autour de zero degré sans avoir froid malgré le vent. J'étais curieux de savoir combien de temps je pourrais tenir à -12°. 
J'ai tenu 15 minutes sans avoir froid mais je pense que j'aurais pu tenir plus longtemps si j'avais mis ma polaire sur mes pieds. Par contre, le maître m'a gentiment demandé de ne pas recommencer de sortir du Dojo pour aller faire zazen seul dans mon coin. La pratique du zen dans le zen soto est une pratique collective. Il m'a néanmoins autorisé à faire zazen dehors en dehors des zazen si je suis discret. 
Le lendemain, pendant la journée de repos je suis retourné faire zazen dehors torse nu alors qu'il faisait 4° mais plus haut dans la montagne où les rafales de vent étaient bien fraiches. J'ai été étonné de la différence de sensations entre torse nu et avec un t-shirt comme si le t-shirt empêchait l'air de sortir. J'ai tenu 40 minutes sans avoir froid et j'ai trouvé ça plus agréable que le premier jour. Le dernier jour je suis allé méditer dehors après le 5éme zazen de la journée alors que je commençais à avoir mal au dos et aux jambes. Curieusement, une fois dehors, les douleurs ont totalement disparus mais j'ai du m'arrêter pour faire les claquettes à 22h30 ce qui consiste à annoncer l'heure du coucher avec deux morceaux de bois que l'on frappe trois fois dans chaque couloir devant les chambres. A -12° j'ai été étonné de transpirer à grosse goutte après avoir trembloté pendant 5 bonnes minutes sans trouver ça désagréable. J'ai eu l'impression de pouvoir diriger mon souffle dans les différentes parties de mon corps avec un sentiment étonnant de présence. C'est la première fois que je voyais autant de vapeur sortir de mon nez mais ça ne l'a pas fait tout de suite. J'espère que j'aurais l'occasion de recommencer car c'était bien agréable. Je trouve que c'est un formidable exercice de lâcher prise qui consiste à laisser le corps s'adapter à la température extérieure en étant attentif aux sensations dans toutes les parties du corps mais sans s'identifier à elles.

----------Edit-----------

La première chose que m'a dite le maître c'est "fait ça chez toi mais pas ici" je lui ai répondu "mais chez moi il ne fait pas aussi froid!". Là où j'habite on ne descend jamais à -12° mais en ce moment les températures avoisinent les 0° et franchement 0° ce n'est pas si mal. Avant hier je suis resté 30 minutes dehors, torse nu à 0° et j'ai à nouveau vu la vapeur sortir de mes narines et de grosses gouttes de transpiration me couler le long des flancs. Je pense que je n'aurais pas pu tenir plus longtemps au point où j'en suis. Par contre hier ce fut plus difficile car il faisait humide et il y avait du vent. J'ai fait 10 minutes à l'intérieure de ma veranda à 9° puis 10 minutes à l'extérieur à 6° (par' curiosité) mais comme il pluviotait avec du vent, c'était vraiment trop désagréable je suis rentré et j'ai refait 10 minutes à 9°.

Liliann Manning - Le self - Normalité et pathologie

Ce livre est passionnant et thématise la question du self en croisant les apports des neurosciences cognitives et de la phénoménologie en montrant que ces perspectives théoriques peuvent apporter à une approche clinique et donc thérapeutique. Le self c'est ce qui fait notre identité et la manière dont on le vie en première personne. C'est:

"Un ensemble de processus neurocognitifs permettant les sentiments de cohérence, individualité et unité qui nous définissent comme personne"

Ce qui est passionnant c'est le rapport entre le sentiment d'unité et la pluralité des processus qui sous-tendent cette unité. Je ne vais pas résumer le livre qui lui-même contient énormément de synthèses de travaux de philosophes et de scientifiques, de James à Merleau-Ponty en passant par Heidegger et Varela. Comme d'habitude je vais au passage qui m'a le plus intéressé :La théorie dialogique du self.

La description du self qui est au cœur de cette théorie comporte l'idée d'un ensemble complexe de parties qui interagissent. Cette interaction est flexible et créatrice, et en aucun cas elle n'est le résultat de l'influence d'une quelconque "entité". 

Notre activité mentale loin de refléter celle d'un ego transcendantal ou d'une âme est plutôt le fruit d'interactions avec notre environnement et avec autrui. 

"Hermans (2002;2006) considère le self comme une société mentale qui ne diffère pas de la société matérielle, et où l'on trouve des conflits, des oppositions, des négociations et des alliances entre les différentes facettes du self. (...) Hermans (2006) avance l'idée que l'application de la métaphore [du théâtre] à la psychothérapie, permet de réorganiser le self grâce, notamment, à deux éléments : l'introduction de nouvelles voix et l'acquis d'une méta-position. Ce dernier résulte du fait d'apprendre à percevoir l'ensemble des voix présentes. (...) De plus, la scène mentale d'un individu est toujours entremêlée avec la scène mentale d'autrui : l'autre est un autre moi et les dialogues, comme les voix, peuvent être internes et externes" p96

Jon Kabat-Zinn - Au coeur de la tourmente, la pleine conscience

Sur le Dogen Sangha Blog de  Gudo NISHIJIMA, voilà ce qu'on peut lire sur la pleine conscience :

"En effet, je pense depuis de nombreuses années que nous, vrais bouddhistes, devrions comprendre la vraie signification de "pleine conscience" et nous ne devons jamais mal comprendre que la "pleine conscience" est une sorte de vrai bouddhisme.  Parce que nous pensons qu'être en pleine conscience doit être un concept de philosophie idéaliste et par conséquent la référence isolée à la pleine conscience ne peut jamais être une pensée bouddhiste mais une pensée de la philosophie idéaliste. " On Mindfulness

 On pourrait ironiser longtemps sur la bêtise d'une  telle argumentation, reprise tête baissée par Brad Warner dans un article intitulé Why I Avoid Using the Word “Mindfulness”

En réponse à  Nishijima, voilà ce qu'écrit Thich Nhat Hanh dans la préface de ce livre

"Ce livre peut être décrit comme une porte ouverte sur le dharma (du côté du monde) et sur le monde (du côté du dharma). Quand le dharma prend réellement soin des problèmes de la vie, il s'agit du vrai dharma".
Le zen comme la "Mindfulness" peuvent donner lieu à des dérives. Quand il s'agit de soulager la souffrance et de promouvoir la méditation comme une voie de guérison, la question de savoir si c'est ou non du vrai bouddhisme devient très secondaire. Voici une raison de plus pour ne pas perdre son temps à bavarder sur des forums. Parler du zen est contraire à l'esprit du zen. C'est également vrai pour la pleine conscience.

vous pourriez facilement en arriver à parler beaucoup de la méditation et du yoga, disant combien ces pratiques sont merveilleuses... Petit à petit vous risqueriez de devenir davantage un agent qui en fait la publicité, plutôt qu'un praticien. Plus vous parlez, plus vous dissipez de l'énergie qui vous servirait davantage si elle était investie dans votre pratique.
En même temps Jon Kabat-Zinn écrit cela au bout de 500 pages. Il ne semble pas lui-même trop tenté par le silence. Personnellement c'est surtout les âneries que j'entends sur la pratique qui me donne envie d'écrire les miennes. L'idée de ce blog c'est de faire court et d'aller directement sur les points qui m'intéressent. 

Exemple d'ânerie que j'entends très souvent... la première fois c'était le maître que je fréquente qui me l'a sortie. Je lui parle de pleine conscience et il me répond du tac au tac : La conscience n'est jamais pleine. Sur le coup j'étais soufflé et je n'ai pas su quoi répondre. Du coup je me suis plongé d'une part dans la méditation et d'autre part dans les livres de Jon Kabat-Zinn pour savoir ce qu'il en est. Je me suis aperçu que mindfulness s'écrit qu'avec un seul f et qu' en anglais  To be mindful signifie être attentif et To be mindfull signifie avoir l'esprit encombré d'idée. Il s'agit donc d'avoir l'esprit clair, pas l'esprit plein.

De plus, le mot conscience en français se traduit par awareness (représentation de la réalité) ou consciousness (état de veille). On traduit souvent mind par esprit car le mot conscience est plus restrictif. L'esprit englobe la conscience mais non l'inverse. Par conséquent, pleine conscience ne signifie surtout pas conscience pleine. 

Dans la pratique, la dynamique du mental vous éloigne invariablement d'une observation intérieure profonde... Notre esprit nous attire vers ce qui est extérieur, ce que nous devons faire aujourd'hui, ce qui se passe dans nos vies. Mais dès l'instant ou ces pensées capturent notre attention et nous entraînent dans leur contenu, notre conscience s'arrête"
On voit bien dans cette citation que le mot conscience n'est pas pris dans son sens habituel sinon il faudrait m'expliquer comment la conscience pourrait s'arrêter. Rêvasser à ce que nous devons faire est bien de l'ordre de la conscience mais ce n'est plus de l'ordre de la présence au moment présent, de l'attention vigilante.

Reprenons ce que disait Eric Rommeluère de la Pleine Conscience : "La "dimension d'analyse est évacuée dans le mindfulness"... "une forme d'attention dénudée de sa fonction examinatrice"

Est-ce si vrai? Voici ce qu'écrit J. Kabat-Zinn p79

"Accepter ne signifie pas que vous devez aimer tout, ni que vous devez adopter une attitude passive envers tout et abandonner les principes et les valeurs qui sont les vôtres. Cela ne signifie pas non plus que vous êtes satisfait avec les choses telles qu'elles sont et que vous vous résignez à les supporter comme "il faut qu'elles soient" (...) ou que vous devriez tolérer l'injustice, par exemple, ou éviter de vous impliquer pour changer le monde qui vous entoure (...) L'acceptation dont nous parlons ici veut dire que vous êtes arrivé à vouloir voir les choses telles qu'elles sont. Cette attitude crée en vous les conditions nécessaires pour agir de façon appropriée dans votre vie, quoi qu'il advienne. Avec une vision claire de la situation, vous saurez quels actes poser et vous aurez la conviction intérieure d'agir, bien plus que quand votre vision est voilée par les jugements et les désirs égoïstes de votre esprit, ou par ses peurs et ses préjugés"

Ce sont toujours les mêmes critiques qui sont adressés au bouddhisme qui sont ici adressé à la Pleine conscience comme si une pratique contemplative impliquait nécessairement un retrait définitif du monde alors qu'il s'agit au contraire de retrouver les conditions nécessaires à l'action. La pleine conscience permet de cultiver un esprit clair et ouvert pas un esprit froid et indifférent au monde. Bien sûr, il n'est pas impossible de pratiquer dans cet esprit, c'est pourquoi cette critique est récurrente mais c'est la manière dont on pratique qui est responsable pas la pratique en elle-même.
Je sais bien que les défenseurs des armes à feu utilisent le même argument. Ce ne sont pas les armes à feu qui sont responsables des tueries pas ceux qui les manipulent sauf que les armes à feux ne sont pas faites pour se relaxer ni seulement pour dissuader un éventuel agresseur mais avant tout pour tuer.  On peut faire un mauvais usage de la pleine conscience, en se désengageant du monde mais ce n'est pas le but de la pleine conscience. Le but c'est d'y voir clair pour agir en conscience.

La lecture du livre dans son intégralité est plus passionnante que je ne pensais. Il est agrémenté de nombreux exemples de personnes ayant accrochées particulièrement à l'une des différentes techniques proposées. Alors qu'on aurait pu croire que ces différentes techniques forment un tout, elles sont plus indépendantes que je ne l'imaginais et elles sont toutes étonnamment proches de la pratique du zen. Par exemple, dans le zen on ne parle pas de scan corporel mais les enseignements pendant la méditation ne cessent d'énumérer les différentes parties du corps et d'insister sur les sensations de manières localisées. 

"Pour beaucoup de gens, c'est le scan corporel qui les mène vers leur première expérience de bien-être et d'intemporalité dans la pratique de la méditation"
On pourrait tiquer sur le mot "bien-être" parce qu'il est un mot qui fait penser à toutes les entreprises commerciales, pas toujours très honnêtes et pas toujours très fondées scientifiquement, sans parler du "new age" qui est très mal vu de nos jours aussi bien par les bouddhistes que par les non-bouddhistes. Dès qu'on parle de bien-être, apparait un sentiment de suspicion d'égoïsme d'une part et de produit de consommation d'autre part. Il ne faut pas oublier et les exemples sont là pour le rappeler qu'on parle ici de personnes qui sont dans une profonde détresse et qui souffrent de pathologies graves. 

La question qu'on pourrait se poser et qui n'est pas aborder dans le livre c'est quel intérêt il y aurait à pratiquer si l'on est déjà en bonne santé. J'aimerais ouvrir une parenthèse pour parler de Harumitsu Hida.
Les citations ci dessous sont extraites de: La méthode Hida 

"Quand j'avais six ans, j'ai été atteint du typhus qui a provoqué une pneumonie et de l'asthme  accompagné  de  violentes  diarrhées.  Avec  40  de  fièvre,  j'étais  tellement  affaibli que les médecins ont déclaré mon cas sans espoir.  (...) Au  fond  de  moi-même,  j'ai  voulu  obtenir  une  bonne  santé  et  un  corps  robuste,  comme  un  assoiffé  désire  boire.  Je  ne  voulais  pas  obtenir  une  bonne  santé seulement pour n'être pas malade mais je voulais devenir fort, vraiment fort, afin de pouvoir  faire  quelque  chose  courageusement  pour  les  autres.  "
La maladie ne permettait pas à Harumitsu Hida d'avoir une vie normale. Il a donc commencé par chercher un moyen de sortir de son état maladif mais avec pour projet de ne pas s'arrêter à un petit bien-être.
"J'ai  pensé  qu'il  fallait  acquérir  une  base  solide  pour  ma  démarche.  Je  devais  donc 
connaître   la   structure   du   corps   humain.   Pour   cela,   j'ai   rassemblé   les   livres  
d'anatomie et de physiologie de la bibliothèque de mon père. (...) Apprendre  ce  que  sont  le  métabolisme  et  le  renouvellement  des  cellules  m'a  particulièrement encouragé. Le corps humain n'est pas comme une statue en pierre ou  de  caoutchouc,  il  fonctionne  activement  et  est  capable  de  se  renouveler.  Si  je  réussissais à développer correctement cette capacité vitale immanente, j'étais sûr de pouvoir transformer complètement l'état actuel de mon corps, si lamentable et si laid. Si les cellules de ceux qui sont en bonne santé se renouvellent au bout de 7 ans, je mettrai 10 ans pour sortir de ma situation de faiblesse. Je mettrai 15 ans pour arriver à l'état d'un corps ordinaire et en persévérant pendant 20 ans, en y investissant ma vie, je pensais pouvoir dépasser le niveau ordinaire.
Il ne s'est pas contenté de la théorie il a aussi essayé de nombreuses techniques :
  A  la  suite  de  mes  lectures  sur  l'anatomie  et  la  physiologie,  j'ai  collectionné  toutes 
sortes  de  livres  sur  les  exercices  physiques  et  j'ai  lu  aussi  des  livres  de  médecine, 
d'hygiène, de physiologie des sports.  Chaque fois que j'ai rencontré un nouvel exercice, je l'ai pratiqué immédiatement et y ai réfléchi.

Ainsi en mettant en relation ses connaissances anatomiques et une pratique il obtient ses premiers résultat spectaculaires.
Rien  n'est  si  extraordinaire  qu'un  acte  effectué  avec  une  détermination  vitale  ;  la  sincérité  ultime  est  capable  de  toucher  le  ciel.  J'ai  réussi  à  atteindre  mon  premier  objectif.  Car l'état de ma santé s'est amélioré rapidement. La couleur de ma peau a changé. Mes  bras  qui  étaient  minces  comme  des  baguettes  se  sont  ornés  de  muscles  imposants, mes épaules sont devenues carrées. Comme je me sentais bien dans ma peau  ! Mon  visage  reflétait  la  vitalité,  mes  yeux  étaient  vivants,  mon  nez  et  ma  bouche  tendus  et  pleins  de  force.  Où  était  l'ombre  du  malade  de  jadis  ?  Pourtant  deux années seulement s'étaient écoulées...
« En cette année 1936, j'ai 53 ans (54 ans dans le texte de H. Hida). Mais pour ce qui  est  des  muscles,  des  organes  internes,  de  la  beauté  des  dents  et  de  la  force  physique, en quoi suis-je inférieur à ce que j'étais à 23 ou 24 ans en pleine jeunesse ? Il n'y a pas de différence. Au contraire, je dois reconnaître, avec satisfaction, que, sur  tous  les  points,  je  suis  en  train  de  progresser.  Et  je  suis  la  preuve  même  de  la  justesse de la méthode dont la pratique continuelle et rationnelle m'a permis d'obtenir et  de  maintenir  l'énergie  de  la  jeunesse,  ce  qui  donne  un  espoir  aux  autres.  Non  seulement  mon corps  est  jeune  mais  mon  esprit  comporte  autant  d'émotion  et  de  sincérité qu'au temps où j'ai décidé de transformer mon corps lorsque j'avais 18 ans. Quant à la force de volonté, j'en ai encore plus.  Il faut dire que j'ai obtenu tous ces résultats par l'intégration de l'esprit et du corps en un  unique  point  central  du  corps.  Ce  qui  peut  résulter  de  l'acquisition  du  véritable centre  du  corps  dépasse  toute  imagination.
 Si le bien-être est un état satisfaisant, rien n'empêche de penser qu'on peut aller beaucoup plus loin.
On peut aussi considérer qu'il est préférable non pas de vivre le plus longtemps possible mais de vivre en bonne santé le plus longtemps possible quelque soit la durée de la vie. D'un point de vue bouddhiste on peut aussi considérer comme important de ne pas mourir dans un état de confusion mentale quelque soit l'age auquel on parvient de manière à pouvoir choisir sereinement ce que l'on fait ou pas après sa vie. Bien sur, il s'agit d'une croyance bouddhiste à laquelle on n'est pas obligée de souscrire mais tout ce qui relève de la mort relève de toute façons des croyances y compris la croyance scientiste selon laquelle la vie s'arrête avec la mort cérébrale. Même si la croyance bouddhiste se révélait être fausse et la croyance scientiste vraie, on peut considérer qu'éviter autant que possible et le plus longtemps possible la confusion mentale est une bonne chose dans tous les cas.

Dans "Au cœur de la tourmente, la pleine conscience" il y a plusieurs passages particulièrement bien écrit dans lesquels Jon Kabat-Zinn pose le problème des médicaments et de tout ce qui relève des addictions surtout lorsqu'on est confronté à la souffrance chronique.

"Au plus léger reniflement, mal de tête ou mal d'estomac, les gens se précipitent dans le cabinet du médecin ou à la pharmacie, à la recherche du remède magique. (...) Les médicaments sont principalement utilisés pour réduire les symptômes d'inconfort et fonctionnent la plupart du temps très bien. L'ennui avec leur usage étendu est que les problèmes à l'origine desdits symptômes ne peuvent être pris en compte du simple fait que ceux-ci sont temporairement soulagés" (...) Ce que nous appelons symptômes est en réalité souvent la façon dont notre corps nous signale un déséquilibre. Ce sont des feedbacks indicatifs d'un déréglement. Ignorer ces messages ou, pire, les supprimer, peut uniquement entraîner des symptômes plus graves et, par la suite, des problèmes plus sérieux. Qui plus est, en faisant cela nous n'apprenons pas comment écouter et faire confiance à notre corps."
 Ces derniers mois il y a eu un nombre important d'article alarmant sur la consommation de médicaments anti-douleurs aux états unis...

Sur les traces de mon maître - George Crane

Parmi les romans qui parlent du zen celui-ci est pas mal. Il y a une petite étincelle d'authenticité qui parcourt le livre.

"En 1959, Tsung Tsaï, un jeune moine appartenant au bouddhisme chan (zen au Japon), fuit devant l'Armée rouge qui envahit la Mongolie. Seul, il parcourt 5000 kilomètres à travers une Chine en proie au chaos et à la famine, et ne surmonte les pires épreuves que soutenu par sa mission : transmettre l'enseignement de son maître. Quarante ans plus tard, Tsung Tsaï vit en ermite dans une forêt américaine. Devenu vieux maître à son tour, il persuade son voisin, le poète George Crane, de l'accompagner sur le lieu de sa jeunesse, à la limite du désert de Gobi. Commence alors une sorte de pèlerinage initiatique au cœur de la Mongolie médiévale jusqu'aux temples secrets du Hong Kong moderne, un voyage d'aventure, de liberté, de recueillement au cœur de la tradition chinoise la plus ancienne."
 L'authenticité est du côté de Tsung Tsaï, moine tchan plus proche du chaman mongole que du chan chinois. Le narrateur poète, George Crane, ressemble à beaucoup d'américains de Kerouac à Bukowski. Le récit du moine parcourant les 5000 kilomètres à travers une Chine en proie au chaos et à la famine est assez passionnante. La deuxième partie relatant le retour du moine dans son pays natal l'est beaucoup moins. En revanche les à-cotés de l'histoire sont très intéressant. Déjà on est à mille lieux du bouddhiste occidental qui s'imagine que son unique rôle est d'enseigner le Dharma. Tsung Tsaï, lorsqu'il est de retour dans son village natal soigne les gens. Il ne passe pas son temps à faire de grands discours sur la parole juste ou sur la compassion. Il agit concrètement sans rien demander en retour, parfois même sans parler. 

J'ai lu ce roman il y a plusieurs années et j'ai gardé en mémoire un passage que j'aime beaucoup. C'est le passage ou ce moine retrouve son plus grand ami, avec lequel il a passé le plus d'années  mais qu'il n'a pas vu depuis très longtemps. Après le récit assez laborieux qui mène jusqu'à, Tao-an, ce personnage étonnant Geoge Crane écrit:

"Un vieux moine accroupi caressait les oreilles d'un gros chat tigré et orangé, étendu au soleil sur une pile de compost.
- Tao-an mon ami, mon vieil ami.
Tao-an se leva d'un bond quand il vit Tsung Tsai et sourit. C'était la seule émotion qu'il montra. Je ne comprenais pas ces retrouvailles indifférentes entre moines. Ni leurs adieux. Tao-an et Tsung Tsai auraient pu s'être quittés la veille. Comme si ces années écoulées ne comptaient pas."

J'aime beaucoup ce court passage qui montre bien ce qui sépare un américain d' un moine tchan. Personnellement je n'aime pas trop les épanchements et je me comporte facilement avec mes amis les plus punks que je n'ai pas vue depuis longtemps comme si on ne s'était quitté que depuis 5 minutes. Cela donne un très fort sentiment de familiarité comme si on ne s'était jamais quitté comme si mes amis sont avec moi en pensées quelque soit la distance. Nous sommes parfois tellement proche que nous n'avons à peine besoin de nous parler. 

"Tao-an et Tsung Tsai se trouvaient ailleurs, en un lieu privé, au-delà des mots, que je ne pouvais atteindre. (...) Ils n'avaient pas ma culpabilité ni ma hargne. Ni mon arrogance ou mon sarcasme. Ils possédaient une sérénité, une impression d'accomplissement surprenante. Ils étaient semblait-il, sans envies, ce qui est impensable chez les hommes. Ils incarnaient le Zen : Sois heureux de vivre, sois heureux de mourir. Fais ton travail et disparais. Ils se trouvaient au-delà de mon angoisse que l'univers n'ait pas de sens au-delà de mon désir de comprendre, vers un Bouddha toujours hors de portée"
L'erreur c'est de chercher le Bouddha en dehors de soi. Quand on prend conscience de notre nature de bouddha, la bouddhéité n'est pas hors de notre portée.