Jon Kabat-Zinn - Au coeur de la tourmente, la pleine conscience

Sur le Dogen Sangha Blog de  Gudo NISHIJIMA, voilà ce qu'on peut lire sur la pleine conscience :

"Therefore I have been thinking for many years that we, true Buddhists, should understand the true meaning of "mindfulness," and we should never misunderstand that having "mindfulness" is a kind of True Buddhism. Because we can think that having "mindfulness" might be a concept of idealistic philosophy, and so the isolated reverence of "mindfulness" can never be Buddhist thoughts, but it is only idealistic philosophical thought."  On Mindfulness
"En effet, je pense depuis de nombreuses années que nous, vrais bouddhistes, devrions comprendre la vraie signification de "pleine conscience" et nous ne devons jamais mal comprendre que la "pleine conscience" est une sorte de vrai bouddhisme.  Parce que nous pensons qu'être en pleine conscience doit être un concept de philosophie idéaliste et par conséquent la référence isolée à la pleine conscience ne peut jamais être une pensée bouddhiste mais une pensée de la philosophie idéaliste. "

 On pourrait ironiser longtemps sur la bêtise d'une  telle argumentation, reprise tête baissée par Brad Warner dans un article intitulé Why I Avoid Using the Word “Mindfulness”

-------------- Extrait du forum zen et nous ------------

Brad Warner ne fait qu'extrapoler à partir d'un mot dont il ignore la signification dans le contexte précis qui est celui de Jon Kabat-Zinn. Jon Kabat-Zinn est un médecin qui a commencé la pratique du bouddhisme dans le zen puis il a exploré les autres traditions.
Brad Warner a écrit:Il est évident que Dôgen appartient à une autre époque et un autre lieu. A son époque, la "pleine conscience" n'était pas devenue une industrie.

Il dit Dôgen appartient à une autre époque et un autre lieu et en même temps il fait comme si la pleine conscience existait déjà à l'époque de Dôgen mais avant que cela soit devenue une industrie.
Un tel anachronisme est un sophisme.

Brad Warner a écrit:"Pour Dôgen, l'esprit (par opposition à la pleine conscience) est bien plus que le fait de ramener intentionnellement ses intentions à l'instant présent."

"bien plus" donc ce n'est pas d'une nature différente. Zazen c'est bien plus que la méditation de pleine conscience c'est donc de la méditation de pleine conscience mais à un niveau plus haut. Le "bien plus" contredit le "par opposition"

Brad Warner a écrit:Le principal problème est qu'il y a de très solides raisons pour lesquelles la pleine conscience n'a jamais été traditionnellement enseignée en tant que pratique unique séparée du reste du Bouddhisme.

Pas de chance, Jon Kabat-Zinn est membre du conseil d'administration du Mind and Life Institute, qui a pour but de promouvoir un dialogue entre la science et le bouddhisme.
La pleine conscience n'est pas séparé du bouddhisme. Dire le contraire est une contre-vérité. Jon Kabat-Zinn est copain avec Mathieu Ricard et tant d'autres.

Brad Warner a écrit:La méditation est une bonne façon (...) pour être plus équilibré et serein. (...) Mais quand on s'enfonce au plus profonde de son propre esprit, on se met à découvrir des trucs gênants, là dedans.

Les pratiquants de la pleine conscience sont encadrés par des médecins et des psychologues. C'est mille fois moins dangereux que du Yoga. Et je ne vois pas pourquoi ce serait plus dangereux que quelqu'un qui pratique zazen seul dans son coin.

Yudo a écrit:Or l'enseignement de Nishijima, c'est que l'Idéalisme est une part tronquée de la réalité, de même que le Matérialisme. La réalité est dans l'action

Mais la pleine conscience soulage la souffrance. L'utilisation est thérapeutique. Cela permet d'éviter les médicaments avec leurs effets secondaires. La visée n'est pas différente de celle du Bouddha.

Nishijima / Dogen sangha blog a écrit:we should never misunderstand that having "mindfulness" is a kind of True Buddhism.  /Nous ne devons jamais mal comprendre que la "pleine conscience" est une sorte de vrai bouddhisme"

Il semble plus attaché au "vrai bouddhisme" qu'à l'action qui consiste à soulager la souffrance.
Quand le Dalaï-lama dit que le bouddhisme est la science de l'esprit il serait idéaliste mais pas bouddhiste peut-être?

----------------------- Revenons au livre de Jon Kabat-Zinn ---------------

En réponse à  Nishijima, voilà ce qu'écrit Thich Nhat Hanh dans la préface de ce livre

"Ce livre peut être décrit comme une porte ouverte sur le dharma (du côté du monde) et sur le monde (du côté du dharma). Quand le dharma prend réellement soin des problèmes de la vie, il s'agit du vrai dharma".
Le zen comme la "Mindfulness" peuvent donner lieu à des dérives. Quand il s'agit de soulager la souffrance et de promouvoir la méditation comme une voie de guérison, la question de savoir si c'est ou non du vrai bouddhisme devient très secondaire. Voici une raison de plus pour ne pas perdre son temps à bavarder sur des forums. Parler du zen est contraire à l'esprit du zen.







Sur les traces de mon maître - George Crane

Parmi les romans qui parlent du zen celui-ci est pas mal. Il y a une petite étincelle d'authenticité qui parcourt le livre.

"En 1959, Tsung Tsaï, un jeune moine appartenant au bouddhisme chan (zen au Japon), fuit devant l'Armée rouge qui envahit la Mongolie. Seul, il parcourt 5000 kilomètres à travers une Chine en proie au chaos et à la famine, et ne surmonte les pires épreuves que soutenu par sa mission : transmettre l'enseignement de son maître. Quarante ans plus tard, Tsung Tsaï vit en ermite dans une forêt américaine. Devenu vieux maître à son tour, il persuade son voisin, le poète George Crane, de l'accompagner sur le lieu de sa jeunesse, à la limite du désert de Gobi. Commence alors une sorte de pèlerinage initiatique au cœur de la Mongolie médiévale jusqu'aux temples secrets du Hong Kong moderne, un voyage d'aventure, de liberté, de recueillement au cœur de la tradition chinoise la plus ancienne."
 L'authenticité est du côté de Tsung Tsaï, moine tchan plus proche du chaman mongole que du chan chinois. Le narrateur poète, George Crane, ressemble à beaucoup d'américains de Kerouac à Bukowski. Le récit du moine parcourant les 5000 kilomètres à travers une Chine en proie au chaos et à la famine est assez passionnante. La deuxième partie relatant le retour du moine dans son pays natal l'est beaucoup moins. En revanche les à-cotés de l'histoire sont très intéressant. Déjà on est à mille lieux du bouddhiste occidental qui s'imagine que son unique rôle est d'enseigner le Dharma. Tsung Tsaï, lorsqu'il est de retour dans son village natal soigne les gens. Il ne passe pas son temps à faire de grands discours sur la parole juste ou sur la compassion. Il agit concrètement sans rien demander en retour, parfois même sans parler. 

J'ai lu ce roman il y a plusieurs années et j'ai gardé en mémoire un passage que j'aime beaucoup. C'est le passage ou ce moine retrouve son plus grand ami, avec lequel il a passé le plus d'années  mais qu'il n'a pas vu depuis très longtemps. Après le récit assez laborieux qui mène jusqu'à, Tao-an, ce personnage étonnant Geoge Crane écrit:

"Un vieux moine accroupi caressait les oreilles d'un gros chat tigré et orangé, étendu au soleil sur une pile de compost.
- Tao-an mon ami, mon vieil ami.
Tao-an se leva d'un bond quand il vit Tsung Tsai et sourit. C'était la seule émotion qu'il montra. Je ne comprenais pas ces retrouvailles indifférentes entre moines. Ni leurs adieux. Tao-an et Tsung Tsai auraient pu s'être quittés la veille. Comme si ces années écoulées ne comptaient pas."

J'aime beaucoup ce court passage qui montre bien ce qui sépare un américain d' un moine tchan. Personnellement je n'aime pas trop les épanchements et je me comporte facilement avec mes amis les plus punks que je n'ai pas vue depuis longtemps comme si on ne s'était quitté que depuis 5 minutes. Cela donne un très fort sentiment de familiarité comme si on ne s'était jamais quitté comme si mes amis sont avec moi en pensées quelque soit la distance. Nous sommes parfois tellement proche que nous n'avons à peine besoin de nous parler. 

"Tao-an et Tsung Tsai se trouvaient ailleurs, en un lieu privé, au-delà des mots, que je ne pouvais atteindre. (...) Ils n'avaient pas ma culpabilité ni ma hargne. Ni mon arrogance ou mon sarcasme. Ils possédaient une sérénité, une impression d'accomplissement surprenante. Ils étaient semblait-il, sans envies, ce qui est impensable chez les hommes. Ils incarnaient le Zen : Sois heureux de vivre, sois heureux de mourir. Fais ton travail et disparais. Ils se trouvaient au-delà de mon angoisse que l'univers n'ait pas de sens au-delà de mon désir de comprendre, vers un Bouddha toujours hors de portée"
L'erreur c'est de chercher le Bouddha en dehors de soi. Quand on prend conscience de notre nature de bouddha, la bouddhéité n'est pas hors de notre portée.

Wou Tch'eng-En - Le singe pélerin Ou Pèlerinage d'occident Si-Yeou-Ki

Je suis tombé sur ce livre chez un bouquiniste, j'ai ouvert une page au hasard et je suis tombé sur ce dialogue entre le singe et un maître et j'ai eu aussitôt envie de l'acheter mais ce sont les dialogues avec le bouddha qui sont les plus savoureux.

"- Et que penserais-tu de la Philosophie naturelle?
-De quoi parle-t-il?
-Il s'agit des enseignements de Confucius, du Bouddha et de Lao-Tseu, des Dualistes et de Mo-tseu et des docteurs de la Médecine. Lire les Ecritures, réciter des prières, apprendre le moyen d'avoir à ses ordres et à sa discrétion Sages et Disciples
- Oui, mais aurai-je la vie éternelle? interrompit le Singe
- Si c'est à quoi tu penses, je craint que la philosophie ne soit pour toi que comme un étai contre le mur (...) Mais vient un jour que le pilier pourrit et que le toit s'écroule." p26

Ahaha le maître n'a pas la langue dans sa poche. Même les enseignements du Bouddha peuvent être comme un pilier susceptible de pourrir un jour si on se contente de la philosophie naturelle. C'est à se demander si l'enseignement dans le bouddhisme n'est pas un moyen d'avoir à ses ordres Sages et Disciples. Si c'est le cas, c'est aux disciples, de ne pas être dupes.

Le singe n'est pas le héros de l'histoire. C'est le pèlerin que le singe finit par accepter d'accompagner jusqu'au Bouddha pour obtenir de lui les enseignements du grand véhicule. A travers l'histoire rocambolesque, on peut y lire une critique assez sévère du bouddhisme ancien.

Il est question de ce livre au début de l'excellente émission Sur les épaules de Darwin de Jean Claude Ameisen Comme un fleuve qui remonterait son cours
En effet, il est question de l'immortalité au début de ce roman et dans les dernières émissions de Jean Claude Ameisen, il est question de ce qui pourrait retarder le vieillissement.

Le maître tchan accepte de lui enseigner les secrets de l'éternité :

"Ménager, entretenir les puissances vitales, cela et rien d'autre (...) Rapelle-toi la tortue et le serpent, noués dans leur stricte étreinte"

Mais le singe devra quand même apprendre les 72 transformations qui permettent d'échapper à bien des dangers. L'immortalité n'est pas une immortalité de fait. Même les immortels, dans l'histoire, peuvent mourir.

Après avoir semé la panique chez les dieux qui ne peuvent rien contre lui, le Bouddha sera appelé à la rescousse et c'est à ce moment là de l'histoire que le bouddha le mettra au défi de sauter hors de la paume de sa main. Ni parvenant pas il sera enfermé au creux d'une montagne pendant 500 ans, jusqu’à ce que le Pèlerin vienne le chercher.

Shundô Aoyama - Le zen et la vie

Il s'agit d'un petit texte fort sympathique d'une nonne japonaise, maître zen soto contemporaine. Le texte a été publié en Japonais en 1983. la traduction en français par Martine Senrin Haegel-Huck date de 2000.

Le texte commence fort puisqu'il commence d'emblée sur mujo seppo :

"Dans la vallée, l'eau de tout fleuve ne cesse jamais de couler. Pas même pour un instant elle n'interrompt le flux rapide de son cours. Son murmure, pour moi, est le son même du temps. Entre les berges de l'univers, le fleuve du temps coule sans arrêt. Bien qu'ils soient emportés moins rapidement, les pierres, les arbres, les maisons et les villes passent également. La vie des êtres humains et tout ce qui vit passe pareillement. Il en va de même pour les idées et la culture. Tout cela nous parait permanent, mais il ne s'agit que d'une illusion.
Que nous soyons homme ou femme, nous nous donnons beaucoup de mal pour tenter de maintenir les choses telles qu'elles sont. En réalité, seul l'être humain se plaint de la nature transitoire de toute chose.
(...) Dans l'instant même où nous nous incluons dans ce continuel devenir, nous pouvons trouver la joie dans cette constante transformation. (...) Au début d'une période de zazen, alors que la cloche a sonné l'établissement du silence - shijo- et que tout devient silencieux, la voix du fleuve s'amplifie jusqu'à devenir claire et forte. Par la suite, lorsque nous marchons à petits pas, lentement et recueillis - kin hin - ce son s'atténue de beaucoup. A peine le signal de pause - chukei - a-t-il marqué la fin de la période de recueillement, que le murmure du fleuve s'évanouit complètement. Comment cela est-il possible? 
En réalité, la voix du fleuve qui coule n'augmente ni ne diminue, elle ne disparaît pas non plus. Lorsque les vagues de notre esprit se sont calmées, nous pouvons entendre la voix de l'eau et des cailloux, de l'herbe et des arbres, des ruisseaux et des montagnes qui nous enseignent. Mais ces êtres inanimés cessent leurs sermons dès que nous nous complaisons à penser aux affaires du monde. A ce moment-là, ce sont nos oreilles qui deviennent sourdes, car, en ce qui les concerne, ils n'interrompent pas leurs discours. (...) lorsque notre attention est distraite, nous ne voyons plus ni n'entendons plus. (...) Des yeux et un esprit illuminés devraient reconnaître que chaque moment a sa propre forme qui est différente de tout autre moment."

A partir du moment où vous êtes à l'écoute du monde qui vous entoure vous entendez la singularité de chaque chose. Le problème c'est d'articuler cette attention à la singularité avec l'injonction "ne pas discriminer".  Bien sûr dans l'injonction "ne pas discriminer" il y a le fait de ne pas projeter ses propres catégories sur les choses. C'est là où le langage se révèle souvent être un piège. Quand on est à l'écoute du réel c'est souvent la pauvreté du langage qui transparait.

"Il y a un abîme entre l'existence dans laquelle on s'obstine à vivre, attaché à sa propre façon de voir en créant une grande quantité de faux problèmes, et l'existence qu'on vit en abandonnant tranquillement ses propres points de vue dans la lumière de Bouddha qui vous illumine avec sérénité. "

Tout au long du texte Shundô Aoyama s'attache à rendre sensible cette abîme souvent avec légèreté. C'est peut-être ce qui me surprend le plus dans ce texte. On peut avoir le sentiment par moment de percevoir davantage l'esprit japonais que l'esprit universel du Bouddha. Par contraste, j'arriverais peut-être à percevoir ce qu'il y a de typiquement français dans ma manière de penser.

Mujo seppo occupe une place importante dans ce petit livre. Il en est à nouveau question p 68.

"La vie et la voix de Bouddha sont présentes partout dans le ciel et sur terre et se manifestent en toutes choses."(...) Tout comme le singe Wu-k'ung, nous ne pouvons pas nous éloigner de la main de Bouddha"
Héhé, je reparlerais bientôt de ce singe Wu-k'ung, qui est le personnage clé d'un classique de la littérature chinoise: Le singe pélerin de Wou Tch'eng-en.

Thich Nhat Hanh - Pour une métamorphose de l'esprit : Cinquante stances sur la nature de la conscience

Celui-ci a atterri sur mon bureau un peu par hasard. La traduction date de 2007 mais le livre  Transformation at the base semble dater de 2001, mais la rédaction date de 1990. Sachant qu'il commence à écrire dans les années 60, il s'agit d'un livre plutôt récent et qui m'a semblé plus dense que bien des livres du même auteur mais je connais mal sa bibliographie.

Comme il l'explique dans la préface, il a rédigé ces cinquante stances de mémoire à partir de la tradition dont il est issu. Elles s'appuient sur deux traités de Vasubandhu (les vingt stances sur la manifestation de la conscience et sur les trente stances sur la manifestation de la conscience - Véme Siècle). Pour Thich Nhat Hanh, les stances de Vasubandhu ne sont pas cent pour cent Mahayana, par conséquent, Thich Nhat Hanh s'inspire de la tradition postérieure à Vasubandhu pour son exposé (à partir de Xuanzang et Fazang- VIIéme siècle).

"J'ai essayé dans ce livre de présenter les enseignements de l'école de la "Seule Manifestation" d'une manière totalement mahayaniste. 

Lorsque je suis arrivé en Occident, je me suis rendu compte que ces importants enseignements sur la psychologie bouddhique pouvaient ouvrir des portes de compréhension." p15
 Dés les première page on comprend que c'est beaucoup plus subtile que l'on pouvait imaginer. J'étais hostile à cette idée de conscience du tréfonds car elle me semblait tomber sous la critique philosophique du psychologisme. Or cette "Seule Manifestation" ne réifie pas cette huitième conscience car il la compare au courant d'un fleuve. De plus, on ne peut pas non plus la confondre avec le soi des hindouistes car c'est "une sorte de dépôt pour l'attachement au soi" qui explique précisément qu'on prenne la conscience pour le soi comme si ce soi existait.

"Notre conscience du tréfonds contient toutes les graines. (...) Si une graine d'illusion est arrosée en nous, notre ignorance va augmenter. Si la graine de l’Éveil grandit en nous, notre sagesse va fleurir (...) Avec la pratique de la pleine conscience, nous pouvons reconnaître les graines positives qui sont présentes en nous et autour de nous et les arroser chaque jour"
A quelqu'un qui m'objecte sur un forum "Enfin, je crois que de toute façon il ne faut pas trop s'attacher aux enseignements," je cite ce passage vraiment éclairant:

"Les enseignements de l'impermanence et du non-soi ne sont pas des doctrines ou des sujets de discussion philosophique. Ce sont des instruments de méditation, des clés pour nous aider à ouvrir la porte de la réalité. Si quelqu'un nous offre un marteau pour faire des travaux de menuiserie. Il ne faut mettre cet outil sur un autel et le vénérer. Nous devons apprendre à l'utiliser. Ne soyez pas dogmatique au sujet de l'impermanence et du non-soi. Pratiquez le regard profond et touchez la nature de l'impermanence, la nature de l'inter-être, dans la réalité." (...) "Regarder profondément, ce n'est pas spéculer" (...) "En regardant profondément une feuille, nous touchons le soleil, la rivière, l'océan et notre esprit en eux. C'est la pratique véritable"
 

Fa-hai - Manifeste de l'Eveil - Le soûtra de l'Estrade de Houei-neng

Le soûtra de l'estrade est un texte qui est souvent cité, parfois à tort et à travers et il ne peut qu'être bénéfique de le lire en intégralité. La particularité du Sixième patriarche (638-713) est d'être illettré, c'est pourquoi la rédaction du texte est attribué à l'un de ses disciples Fa-hai qui se met lui-même en scène dans le texte. Il faut dire qu'il en existe différentes versions et le traducteur, Patrick Carré en a choisi la plus ancienne. Je rappelle que Dogen se plaignait que des disciples de Houei-neng utilisent ce texte parfois en y ajoutant des passages de leur cru, souvent pour dénigrer la méditation assise.  

Dans les 14 premiers chapitres, Houei-neng raconte sa propre histoire à la première personne, notamment comment en entendant un passage du soûtra du Diamant, il s'éveilla à la Voie:

"A peine l'entendis-je que mon esprit s'illumina" §2

Il partit aussitôt rendre hommage au révérend Hong-jen, le cinquième Patriarche. Je passe l'histoire rocambolesque de la transmission du cinquième au sixième patriarche qui est bien connu et qui illustre l'idée qu'il n'est pas nécessaire d'être un intellectuel ou un érudit pour s'éveiller à sa véritable nature. Le plus intéressant du texte c'est la manière dont Houei-neng va tenter de faire de son éveil une méthode qui puisse aider les autres.  C'est là qu'apparait la critique de Houei-neng à l'égard non pas de la méditation mais d'une forme de méditation. Sa critique est en fait beaucoup plus subtile qu'elle n'y parait au premier abord. 

"Les égarés s’attachent à l’apparence des choses et croient qu’il existe réellement quelque « samâdhi de l’unique ». Ils redressent leur esprit et restent assis sans bouger, chassent les illusions sans plus produire de pensées – telle est leur « absorption unifiante ». Mais alors, ils s’adonnent à une méthode qui les assimile à des objets inanimés et, par surcroît, dresse maints obstacles sur la Voie." (...) "S’il s’agissait uniquement de rester assis sans bouger, Vimalakîrti aurait eu tort de gourmander Shâriputra, lequel passait sont temps assis dans la forêt.

Ô mes amis, j’en ai même vu qui apprenaient aux autres à s’asseoir pour examiner leur esprit, en examiner la pureté sans bouger, sans penser, et ainsi produire des mérites. Privés d’illumination, les égarés s’attachent jusqu’à la perversité, dont il existe des centaines d’espèces. Ceux qui expliquent ainsi la pratique commettent la plus vieille des grandes erreurs." §14
http://www.buddhaline.net/Soutra-de-l-Estrade

Si on se limite à ce passage on pourrait croire que Houei-neng dénigre la méditation mais ce n'est évidemment pas le cas car voici ce qu'il dit:

"A présent que nous savons ce qu'elle n'est pas, qu'est-ce donc, dans notre méthode, la "méditation assise"?  Quand, à l'extérieur, aucun concept ne vient s'ajouter aux objets, on parle d'être assis ; lorsque, à l'intérieur, on voit son essence originelle sans la moindre confusion, on parle de méditation" (...) "La concentration, c'est le détachement vis-à-vis des objets extérieurs et le recueillement, l'absence de confusion à l'intérieur" §19
 Autrement dit, ce qu'il critiquait dans la méditation c'est le figement de la pensée, le fait de croire qu'en s'asseyant face au mur, il faudrait s'arrêter de penser. Au contraire, ce qu'il valorise, c'est la fluidité qui évidemment ne se limite pas à la position assise. En revanche, il s'agit bien de pratique et pas seulement de discours.

"Il s'agit d'une méthode pratique qu'il ne suffit pas de ressasser en paroles. En parler, ce n'est pas la pratiquer, c'est en rester à l'illusion" §24

Il distingue deux sortes de vide, l'un qu'il assimile au néant

"Mais ne restez pas assis l'esprit vide : vous assimileriez le vide à une chute dans le néant" §24

et l'autre sorte de vide qui est celui qui contient toute chose:

"Le vide des espaces peut contenir le soleil, la lune et les étoiles, la grande terre, ses montagnes et ses fleuves, toutes les espèces d'arbres et de plantes, les hommes bons et les mauvais, les bonnes et les mauvaises choses, les paradis et les enfers : tout cela se trouve dans le vide. L'essence de l'homme est vide en ce sens également. §24

Notre essence est à même d'embrasser tous les phénomènes. " §25
 La méthode ne consiste donc pas à se vider l'esprit mais au contraire à embrasser tous les phénomènes sans les saisir. C'est pourquoi il assimile la "prajna" la sagesse, à la connaissance.

"Un instant d'ignorance interrompt la prajna" §26
Cependant:

"A l'instant même de la pensée, il y a illusion et du fait même qu'il y a illusion, ce qu'il y a n'est pas réel. La pratique poursuivie d'instant en instant porte le nom d'"existence réelle". §26
 On comprend que quand on dit que pour les bouddhistes rien n'existe, tout est illusion c'est complétement faux. Le réel existe bien, seulement la pensée ne permet pas d'y accéder. C'est la pensée qui est illusion. Ce qui permet d'accéder au réel c'est l'attention. Cette attention est l'état naturel, une fois débarrassé des passions et des illusions trompeuses. 

"Qui comprend correctement la chose n'a plus ni pensées, ni souvenirs, ni croyances. Il ne produit pas d'illusions trompeuses : voila bien l'essence de la simplicité du réel. Contempler tous les phénomènes à la lumière de la connaissance sans en adopter aucun ni le rejeter, c'est la voie sur laquelle en voyant l'essence, on devient Bouddha" §27
Aboutit-on à une forme de quiétisme? Je ne crois pas.

"On chasse les vues perverses, redresse son action et ne produit plus d'actes négatifs" §33
Ensuite, à partir du chapitre 34, il y a une sorte de mondo avec le préfet Wei K'iu qui l'interroge sur la réponse de Bodhidharma à l'empereur Wou des Liang, sur la question des mérites.

"Pratiquez la vertu à chaque instant, restez égal et droit, et votre mérite, dégagé du mépris, consistera à toujours respecter autrui" §34

C'est bien là qu'on voit qu'on a affaire à un éveillé. Comme le dit Patrick Carré dans son commentaire : "le vrai mérite consiste à s'oublier dans l'Autre". L'altruisme est la finalité de la pratique, non pas pour soi mais pour tous les êtres. Autrement dit: si mérite il y a, c'est au profit de tous les êtres.

On pourrait m'objecter qu'il est bien peu question de zazen dans le texte mais ce n'est qu'une question d'attention car les références ne manquent pas comme au moment des adieux

"Faites comme lorsque j'étais là et asseyez-vous ensemble - bien droits : il suffit de n'être ni mobile ni immobile, ni né ni disparu, ni allé ni venu, ni oui ni non, ni ici ni ailleurs ; il suffit  de rester à l'aise, paisible et silencieux pour pratiquer sur la grande voie."§53
Mais encore une fois, il ne s'agit pas de s'enfermer dans sa tour d'ivoire.

"Qui cherche le Bouddha hors de soi-même sans aspirer au réel
Battra la campagne comme un superbe crétin" §53

Voilà, c'est dit. 

Fleurs de basilic sacré


"les plantes ont fait du monde et de la vie des faits atmosphériques, c’est-à-dire l’espace dans lequel tout se mélange avec tout, tout est littéralement dans un autre sujet que lui-même."
(...)
"L’erreur est celui de penser que les circuits neuronaux soient la cause de la pensée et sa forme alors qu’ils en sont l’une des traductions possibles. Des infinies traductions possibles. La pensée est partout, et existe sous toutes les formes possibles. "
(...)
"Si la fleur est paradigme du devenir étranger à soi, c’est, très simplement, parce qu’il est l’organe sexuel des spermatophytes (...) nous avons oublié que le sexe est, tout d’abord, un instrument de mélange, mieux, la caractéristique qui fait du mélange une nécessité indépassable pour toute existence."




Guy Mokuho Mercier - Le chant du zazen

Publié en mars 2017, ce petit livre regroupe des kusen, mondo et teisho qui datent de 2005 à 2007 et qui ont été prononcés principalement à la Gendronnière. Guy Mercier est l'un des disciples de Maître de Deshimaru depuis 1973. Il a plus de 40 ans de pratique de zazen.

Ces enseignements montrent le chemin qui mène au cœur de zazen. 

"Soyez attentifs à la position de vos mains. Elles sont ramenées contre le ventre. Les poignets, les bras, le dos, sont complètement détendus; N'entretenez pas de tension dans les bras de même que les épaules. Jouez avec votre respiration"

C'est ainsi que débute le kusen du 30 août 2005 à 6h30 du matin. D'emblée, il rend attentif à la posture et à la respiration de manière douce.  

"Soyez conscients de ce qui se passe dans votre corps, ramenez sans cesse votre attention ici et maintenant. Acceptez, accueillez tout ce qui apparaît même certains sentiments comme la tristesse, la peur ou bien encore l'angoisse et même la colère. Si vous laissez apparaître les choses sans qu'il y ait appropriation, elles disparaissent vite et vous demeurez dans la tranquillité."
 On passe ainsi de la posture aux sentiments et aux pensées qu'on laisse passer.

"Cessez de vous impliquer dans le processus des pensées vous emmènera au delà de votre pratique. Apprendre et voir les choses telles qu'elles sont, apparaitre et disparaître, voilà le secret du zen. Le chant des oiseaux ne pourrait apparaître sans le silence"

Le silence est l'une des grandes thématiques de ces kusen.

"De même notre monde ne pourrait exister sans la Vacuité. La Vacuité est un mot, un concept qui ne peut pas décrire ce qu'elle est, ce qui est l'essence mais chaque être à la capacité de réaliser la Vacuité dans son corps même."
L'enjeu n'est clairement pas philosophique mais pragmatique. Il ne s'agit pas de comprendre intellectuellement ce qu'est la Vacuité mais de laisser la Vacuité apparaitre au sein de l'expérience de zazen. Ce qui est fascinant c'est que le texte ne décolle jamais de l'expérience directe de ce qui est en train de se passer dans l'instant présent pendant zazen.

"L'observation n'est pas une pensée mais une expérience directe liée à l'attention. Lorsque la sensation est observée, sans l'implication de la pensée cela ouvre la porte du silence intérieur. Plus nous observons consciemment et plus nous pouvons nous sentir, nous expérimenter comme libres de la pensée et des enchaînements de pensées. Au plus profond de nous même, nous savons que nous ne sommes pas sensations, flux de pensées, perceptions diverses. Nous savons qu'il y a en nous une réalité sans forme dans laquelle le moi n'a pas de consistance de permanence. La vie n'a pas besoin du moi pour être. "

Oh bien sûr, on peut trouver le texte parfois répétitif mais il n'est jamais bavard. Les kusen sont souvent très courts. Il reste incroyablement concentré sur l'essentiel avec une richesse de détail surprenante. On sent aussi qu'il est le fruit d'une expérience personnelle et jamais le recopiage de propos mille fois entendus. En même temps lire ce texte sans pratiquer zazen n'a aucun sens. C'est ce qui fait la limite du texte. On ne peut pas lire en faisant zazen. Il est mille fois préférable d'aller faire zazen et d'écouter les kusen en directe pendant zazen à la Gendro ou à Lanau. Il est quand même appréciable de pouvoir ensuite les relire dans sa version textuelle. J'avoue que j'attends avec impatience la publication des enseignements de Guy Mercier de l'été 2015 qui portaient sur le déploiement du cœur de l'éveil (en 2014, ils portaient sur le tel quel et en 2016 sur le Sutra du Lotus). Il avait commencé par dire que dans le Zen, généralement, on est pas des tendres et qu'on parle peu de la compassion. Cet été là il avait parlé de la compassion à tous les zazen ce qui avait donné une ambiance extraordinaire pendant toute la sesshin.

Les questions abordées dans le mondo portent sur "comment trouver la confiance" pour retourner au silence, sur la colère, sur la relation de maître à disciple, sur la distinction juste non-juste et comment aller au-delà de son point de vue.

Le Teisho porte sur les Trois Poisons (l'ignorance, l'avidité et la haine)

Antonio Damasio - L'Autre Moi-Même

On se demande où l'éditeur est allé chercher un titre pareil alors que le titre original est "Self comes to Mind. Constructing the conscious Brain" que l'on pourrait traduire par "Quand le Soi vient à l'Esprit. La conscience du cerveau se construit". La question de l'altérité au moi, n'ai jamais posé. Ce n'est pas le sujet du livre contrairement à ce que le titre semble suggérer. Il traite de la manière dont la conscience apparait à partir du cerveau. Il date de 2010.

L'un des points le plus intéressant de ce livre se situe en deçà même de la conscience. En fait on ne comprend pas le problème que pose la conscience tant qu'on s'imagine  que tous nos choix seraient le fruit d'une délibération consciente. Nous avons tendance à imaginer que ce qui ne relève pas de la conscience relève d'un déterminisme implacable et que seul celui qui dispose d'une conscience souveraine serait absolument libre. A. Damsio dit exactement le contraire:

"Longtemps avant que les créatures vivantes aient un esprit, elles faisait preuve de comportements efficients et adaptatifs ressemblant en tout point à ceux qui se manifestent chez les créatures dotées d'un esprit conscient. Nécessairement, ces comportements n'étaient pas causés par l'esprit, et encore moins par une conscience. (...) Il s'avère que les créatures vivantes dépourvues de tout cerveau, si on descend jusqu'aux cellules uniques, ont également un comportement qui paraît intelligent et finalisé"

Alors que nous avons tendance à croire que les questions axiologiques relèvent d'un régime délibératif conscient, la question des valeurs se jouent déjà sur le plan de la biologie. 

"Le bien le plus essentiel pour tout être vivant, à n'importe quel moment, c'est l'équilibre des chimies corporelles compatibles avec une vie en bonne santé. Cela s'applique aussi bien à l'amibe qu'à l'être humain" (...) La notion de survie - et par extension, celle de valeur biologique - peut s'appliquer à diverses entités biologiques, des molécules aux gènes et aux organismes tout entiers."

Ce qui nous différencie des plantes et qui explique l'apparition des neurones dont nous disposons est le mouvement. A. Damasio n'ignore pas le tropisme dont font preuve les plantes mais les plantes ne peuvent se déraciner

"La tragédie des plantes - mais elles l'ignorent- tient au fait que leurs cellules corsetées ne pourraient  jamais modifier suffisamment leur configuration pour devenir des neurones. Elles n'ont pas de neurones et donc pas d'esprit."
 Le fait de ne pas avoir d'esprit n'empêche pas que les stratégies de réponses touchent "aux mécanismes sous-jacents à ce que, de notre pont de vue humain nous en sommes venus à appeler récompense et punition."

"Notez bien qu'aucune de de ces opérations ne requiert un esprit, et encore moins un esprit conscient. Il n'y a pas là de sujet formel, dans l'organisme ou en dehors qui se comporterait comme un "recompenseur" ou un "punisseur" (...) Toute l'opération est aussi aveugle et "a-subjective" que les réseaux de gènes eux-mêmes. L'absence d'esprit et de soi est parfaitement compatible avec une "intention" et un "but" implicites et spontanés. L'intention de base est de préserver la structure et l'état, mais un "but" plus général peut être déduit de ces intentions multiples: survivre."(...) "Les mécanismes d'incitation et l'orientation ne résultent pas d'une détermination et d'une délibération conscientes"
Ceci explique notre ressenti de jardinier quand nous nous occupons bien de nos plantes, nous avons le sentiment qu'elles se sentent récompensées des fruits qu'elles nous offrent et nous mêmes nous nous sentons récompensés lorsque nos plantes sont en bonne santé et que leurs fruits sont savoureux. Elles n'ont pas besoin d'un esprit ni d'une conscience pour sentir notre bienveillance à travers le soin que nous leur portons pour qu'elles survivent.

Il importe de comprendre ce premier stade de la vie pour bien comprendre que la conscience ne vient pas s'établir en rupture sur ce mode de fonctionnement inconscient mais vient s'y ajouter presque de manière facultative.

"Les fondements des processus conscients sont ainsi les processus non conscients qui sont chargés de la régulation de la vie - c'est à dire les dispositions aveugles qui régulent les fonctions métaboliques et sont abritées par les noyaux du tronc cérébral et l'hypothalamus ; les dispositions qui délivrent récompenses et punitions, et développent pulsions, motivations et émotions ; enfin l'appareil cartographique qui fabrique les images, dans la perception et le ressouvenir, et peut les sélectionner et les monter pour former ce film qu'on appelle l'esprit"
La conscience apporte une dimension réflexive qui permet à  l'organisme d'être au fait de son état. La conscience tient donc du passage de la régulation à la délibération qui devient de plus en plus grand.

"En conclusion, ce qu'on entend par délibération consciente a peu à voir avec l'aptitude à contrôler nos actions sur le moment et tout avec celle qui consiste à planifier à l'avance et à décider quelles actions nous voulons ou non effectuer". (...) "les décisions concernant le comportement moral impliquent une délibération consciente et prennent un long moment. De plus, de telle décisions sont traités dans un espace mental déconnecté et à l'écart de la perception extérieure" "C'est précisément le type d'accomplissement  qui contredit l'idée selon laquelle la conscience serait un épiphénomène inutile, un ornement sans lequel le cerveau pourrait  assurer sa tache de gestion de la vie  tout aussi efficacement et sans histoire"

Autrement dit pour gérer la vie au quotidien, nous n'avons pas besoin de délibérer consciemment en permanence. En revanche, pour savoir ce que nous voulons ou pas, il nous faut nous déconnecter de ce quotidien pour en prendre conscience afin de pouvoir agir sur celui-ci. Une fois que nous avons délibéré nous pouvons à nouveau faire confiance à nos mécanismes non conscient pour suivre avec vigilance ce que nous avons décidé. Ou comment parler de la méditation sans en prononcer ce mot.

A. Damasio s'appuie sur une expérience fort intéressante d'un psychologue néerlandais Ap Dijksterhuis "On making the right choice : The deliberation-without-attention effect" publié dans science en 2006

"Les processus inconscients sont capables d'une forme de raisonnement qui est bien plus puissante qu'on ne le croit en général et que si celle-ci a été convenablement  formée par l'expérience passée et si on a peu de temps, elle peut donner des décisions bénéfiques"

Si l'enjeu du livre c'est l'émergence de la conscience et par conséquent la conscience de soi. On peut se demande en quoi consiste ce soi. Ce soi est lié à la cartographie du corps qu'effectue le cerveau pour maintenir l'homéostasie mais aussi pour donner une perspective.

"L'une des curiosité propres à notre conscience d'un objet tient à la relation ténue que nous établissons entre les contenus mentaux qui décrivent cet objet et ceux qui correspondent à la partie du corps engagée dans la perception concernée. " p240 "Il ne s'agit pas d'un simple "point de vue" (...) mais nous avons aussi un point de référence pour les sons du monde extérieur, un point de référence pour les objets que nous touchons(...) les portails sensoriels près desquels les données les donnés servant à former les images sont rassemblées offrent à l'esprit le point de référence d'après lequel l'organisme se situe par rapport à un objet. Il dérive de l'ensemble des régions corporelles dont proviennent les perceptions. Ce point de référence n'est rompu que dans des conditions anormales (expériences extracorporelles) qui peuvent résulter de maladies neurologiques, d'un traumatisme psychologique ou de manipulation expérimentales utilisant des procédés de réalité virtuelle"p242

C'est donc dans ce passage que sont évoqués les fameuses OBE. Une note renvoie à un article publié dans la revue Science en 2007 qui s'intitule : Video ergo sum: manipulating bodily self-consciousness. (Lenggenhager B1, Tadi T, Metzinger T, Blanke O.)
On en trouve un compte rendu dans courrierinternational

"A l’aide de technologies de réalité virtuelle, deux équipes de scientifiques, dont l’une à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), ont en partie reproduit cette sensation en laboratoire. Leurs travaux, publiés aujourd’hui dans la revue Science, contribuent à expliquer un phénomène longtemps attribué à l’imagination ou au paranormal. Ils permettront d’étudier sous un jour nouveau le concept encore mal défini de conscience de soi."
 Cette phrase laisse entendre que les OBE ne relèverait ni du paranormal ni de l'imagination.

"Le professeur en convient, ces travaux ne simulent pas encore une décorporation complète (OBE) ; aucun des sujets ne décrit d’ailleurs ce qu’il a vécu comme tel."(...)"“Toutefois, la plupart des sujets ont, durant l’expérience, localisé leur ‘moi’ à un autre endroit que dans leur corps, puisqu’ils n’ont pas regagné exactement leur position d’origine.” (...) " “D’après nos résultats, le cerveau est fortement impliqué dans le fait que chacun ressent que son ‘moi’ est situé dans son corps. Cela démontre qu’il existe dans la conscience de soi aussi une composante biologique, basique et automatique.” Et donc pas uniquement psychique, mentale et verbale comme l’a résumé Descartes dans son fameux ‘Cogito ergo sum’ (Je pense donc je suis). La vision jouant dans ces mécanismes cérébraux un rôle prépondérant par rapport au toucher, les chercheurs ont même intitulé leur article ‘Video ergo sum’ (Je vois donc je suis). “La représentation multisensorielle, surtout visuelle, du corps entier dans le cerveau joue donc un rôle essentiel dans la construction du ‘moi’, à côté bien sûr de l’aspect cognitif”, appuie Olaf Blanke." http://www.courrierinternational.com/article/2007/08/24/parle-a-mon-corps-ma-tete-est-ailleurs

L'idée c'est que la conscience de soi est fortement construite à partir des 5 sens. Si on perturbe la gestion des sens en utilisant des procédés de réalité virtuelle cela montre la possibilité pour la conscience de se délocaliser. Les scientifiques insistent généralement sur le fait qu'il s'agit d'une illusion mais ils oublient de dire que le fait que la conscience soit arrimé au corps n'est peut-être pas moins illusoire puisque c'est l'effet d'une construction biologique et inconsciente.

Voir aussi ici

“Beaucoup de personnes pensent que la perception qu’ils ont d’eux-mêmes est ancrée en eux de façon permanente, mais pas du tout. Elle peut changer très rapidement, et c’est ce qui est fascinant”, explique Miguel Nicolelis, neurobiologiste à l’hôpital de l’université Duke, à Durham, en Caroline du Nord.
http://www.courrierinternational.com/article/2012/02/02/profession-magicien-chercheur