Guy Mokuho Mercier - Le chant du zazen

Publié en mars 2017, ce petit livre regroupe des kusen, mondo et teisho qui datent de 2005 à 2007 et qui ont été prononcés principalement à la Gendronnière. Guy Mercier est l'un des disciples de Maître de Deshimaru depuis 1973. Il a plus de 40 ans de pratique de zazen.

Ces enseignements montrent le chemin qui mène au cœur de zazen. 

"Soyez attentifs à la position de vos mains. Elles sont ramenées contre le ventre. Les poignets, les bras, le dos, sont complètement détendus; N'entretenez pas de tension dans les bras de même que les épaules. Jouez avec votre respiration"

C'est ainsi que débute le kusen du 30 août 2005 à 6h30 du matin. D'emblée, il rend attentif à la posture et à la respiration de manière douce.  

"Soyez conscients de ce qui se passe dans votre corps, ramenez sans cesse votre attention ici et maintenant. Acceptez, accueillez tout ce qui apparaît même certains sentiments comme la tristesse, la peur ou bien encore l'angoisse et même la colère. Si vous laissez apparaître les choses sans qu'il y ait appropriation, elles disparaissent vite et vous demeurez dans la tranquillité."
 On passe ainsi de la posture aux sentiments et aux pensées qu'on laisse passer.

"Cessez de vous impliquer dans le processus des pensées vous emmènera au delà de votre pratique. Apprendre et voir les choses telles qu'elles sont, apparaitre et disparaître, voilà le secret du zen. Le chant des oiseaux ne pourrait apparaître sans le silence"

Le silence est l'une des grandes thématiques de ces kusen.

"De même notre monde ne pourrait exister sans la Vacuité. La Vacuité est un mot, un concept qui ne peut pas décrire ce qu'elle est, ce qui est l'essence mais chaque être à la capacité de réaliser la Vacuité dans son corps même."
L'enjeu n'est clairement pas philosophique mais pragmatique. Il ne s'agit pas de comprendre intellectuellement ce qu'est la Vacuité mais de laisser la Vacuité apparaitre au sein de l'expérience de zazen. Ce qui est fascinant c'est que le texte ne décolle jamais de l'expérience directe de ce qui est en train de se passer dans l'instant présent pendant zazen.

"L'observation n'est pas une pensée mais une expérience directe liée à l'attention. Lorsque la sensation est observée, sans l'implication de la pensée cela ouvre la porte du silence intérieur. Plus nous observons consciemment et plus nous pouvons nous sentir, nous expérimenter comme libres de la pensée et des enchaînements de pensées. Au plus profond de nous même, nous savons que nous ne sommes pas sensations, flux de pensées, perceptions diverses. Nous savons qu'il y a en nous une réalité sans forme dans laquelle le moi n'a pas de consistance de permanence. La vie n'a pas besoin du moi pour être. "

Oh bien sûr, on peut trouver le texte parfois répétitif mais il n'est jamais bavard. Les kusen sont souvent très courts. Il reste incroyablement concentré sur l'essentiel avec une richesse de détail surprenante. On sent aussi qu'il est le fruit d'une expérience personnelle et jamais le recopiage de propos mille fois entendus. En même temps lire ce texte sans pratiquer zazen n'a aucun sens. C'est ce qui fait la limite du texte. On ne peut pas lire en faisant zazen. Il est mille fois préférable d'aller faire zazen et d'écouter les kusen en directe pendant zazen à la Gendro ou à Lanau. Il est quand même appréciable de pouvoir ensuite les relire dans sa version textuelle. J'avoue que j'attends avec impatience la publication des enseignements de Guy Mercier de l'été 2015 qui portaient sur le déploiement du cœur de l'éveil (en 2014, ils portaient sur le tel quel et en 2016 sur le Sutra du Lotus). Il avait commencé par dire que dans le Zen, généralement, on est pas des tendres et qu'on parle peu de la compassion. Cet été là il avait parlé de la compassion à tous les zazen ce qui avait donné une ambiance extraordinaire pendant toute la sesshin.

Les questions abordées dans le mondo portent sur "comment trouver la confiance" pour retourner au silence, sur la colère, sur la relation de maître à disciple, sur la distinction juste non-juste et comment aller au-delà de son point de vue.

Le Teisho porte sur les Trois Poisons (l'ignorance, l'avidité et la haine)

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