Lian Hearn - Le Clan des Otori, tome 1 : Le Silence du Rossignol

"Au XIVe siècle, dans un Japon médiéval mythique, le jeune Takeo grandit au sein d'une communauté paisible qui condamne la violence. Mais celle-ci est massacrée par les hommes d'Iida, chef du clan des Tohan. Takeo, sauvé par sire Shigeru, du Clan des Otori, se trouve plongé au cœur de luttes sanglantes entre les seigneurs de la guerre.
Il doit suivre son destin. (...) Lorsqu'il rencontre la belle Kaede, un amour fou naît entre les deux jeunes gens : devra-t-il choisir entre cet amour, sa dévotion à sire Shigeru et son désir de vengeance ? Sa quête le mènera jusqu'à la forteresse d'Inuyama, lorsqu'il marchera sur le " parquet du Rossignol ". Cette nuit-là, le rossignol chantera-t-il ?

J'aime particulièrement ce passage où Takeo s'entraine à l'escrime avec Kaede qu'il vient tout juste de rencontrer. Ils ont 15 ans tous les deux.

"Je pris mon bâton à contrecœur. Dehors la pluie redoublait de violence. La salle était plongée dans une lumière verdâtre qui estompait les contours. Nous semblions perdus dans un monde à part, isolé de la réalité, ensorcelé.
La reprise ressembla d'abord à un entrainement ordinaire, chacun de nous essayant de déstabiliser l'autre, mais j'avais sans cesse peur d'atteindre son visage et elle ne me quittait pas des yeux. Nous étions tous deux hésitants, embarqués dans un jeu étrange dont nous ignorions toutes les règles. Puis, sans que je puisse dire à quel instant, le combat se transforma en une sorte de danse. Un pas, un coup, une parade, un pas. Le souffle de Kaede s'accéléra, faisant écho au mien, jusqu'au moment où nous respirâmes à l'unisson, où ses yeux se mirent à briller dans son visage illuminé, où nos coups se firent plus violents et le rythme de nos pas plus trépidant. Par moment je dominais, puis c'était son tour, mais aucun de nous ne parvenait à prendre le dessus - en avions-nous seulement envie?
Enfin, presque par erreur, je déjouai sa garde et préférai lâcher mon bâton plutôt que de risquer de toucher son visage, Aussitôt, Kaede abaissa son propre bâton et lança:
-Je me rends
-c'était bien commenta Shizuka, mais je pense que Takeo aurait pu y mettre plus d'énergie.
Je restais debout, les yeux fixés sur Kaede, en ouvrant la bouche comme un idiot. Je me dis "Si je ne la serre pas dans mes bras maintenant, j'en mourrai"
Kenji me tendit une serviette et me donna une bonne tape en pleine poitrine
-Takeo... commença-t-il
-Quoi? dis-je d'un air hébété
-Essaie de ne pas tout compliquer!"

Ce passage décrit bien un micro-moment d'amour dont parle Barbara Frederickson dans Love 2.0 Finding Happiness and Health in Moments of Connection. On retrouve les trois points importants:
- partage d'une émotion positive
- synchronisation physiologique et physique
- Volonté consciente d'aider l'autre.

J'aime aussi ce passage parce qu'ils se donnent des coups de bâtons, ce qui n'est pas sans évoquer le Kyosaku. Les vibrations que l'on ressent lorsqu'on reçoit le Kyosaku donnent un tel effet de réel....

1 commentaire:

  1. La grosse erreur, c'est de s'attacher à ces instants, et de vouloir renouveller l'expérience.


    La notion de micro moments d'amour est en fait très intéressante.

    Et soit dit en passant, à l'inverse, il y a des gens qui sont hermétiques à ces instants de connexion, et ceux-là sont à plaindre, coeur endurcis qui ne peuvent goûter au charme de la vie.

    Cela me rappelle que Ramâkrishna Paramahamsa s'était évanoui en voyant un nuage enfant, c'est un moment de connexion aussi (et ça va bien avec ce thème de mujo-seppo !)

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