Éric Rommeluère : "la réalité n'est pas toujours sensuelle"




A 2h48 A propos du livre de Fabrice Midal, "Célébrer l'instant présent, honnêtement moi ça ne me parle pas, parce que j'ai l'impression d'une vision presque romantique, sensuelle, sensitive du monde contemporain, (et c'est là peut-être mon côté bouddhiste engagé), la réalité n'est pas toujours sensuelle"

Bon, c'est rassurant de voir que l'on peut critiquer les livres sur la méditation que ce soit ceux de Christophe André ou de Fabrice Midal.

les questions d' Éric Rommeluère et mes réponses :

Que peut signifier le terme de méditation religieuse?

C'est le contexte dans lequel prend place la méditation qui lui donne sa connotation religieuse. Je ne médite pas différemment chez moi ou dans le dojo seulement dans le dojo il y a parfois un maitre qui donne un enseignement et on chante des sutras qui sont accompagnés de leur traduction en français. Si, au départ la dimension religieuse peut sembler anecdotique voir exotique, elle nous interroge. C'est la raison d'être de ce blog que de s'interroger sur la part religieuse de cette pratique qui renvoie autant à l'éthique (altruisme, compassion, amour inconditionnel), au réel (le dharma et dans quelle mesure on y a accès) et au pourquoi de notre présence au monde. Une méditation laïc renvoie seulement au mieux-être ce qui n'est pas un mal mais un début.

La méditation est-elle conscience d'être une méditation au sens bouddhique? 

Oui car je pense que même un débutant peut faire l'expérience de la vacuité, en zazen, ce qui est une expérience radicalement différente de tout ce qui est proposé dans les autres religions. Si l'on disait que l'on fait l'expérience de la présence (ou de l'absence) de Dieu ou du Soi, la méditation ne serait plus méditation au sens bouddhique du terme.

Quelle est le vécu réel des personnes qui pratique la méditation?

Au début de zazen, une attention à la posture (genoux au sol, les pouces qui se touchent, le menton rentré, la colonne vertébrale droite) et à la respiration, puis les pensées qui portent sur ce qui s'est passé dans la journée arrivent, ce qui relève du passé le plus proche et à partir de là, ce que je dois faire à l'avenir ou ce que j'aimerais faire. C'est donc pour moi au début une sorte d’examen de conscience mais sans jugement de valeur. Puis ces pensées passent et je reviens dans le dojo, à ma posture, à la respiration, aux sensations. J'ai d'un coup le sentiment d'être là. J'ai un vague souvenir de ces moments car ce sont des moments sans pensées, seulement un souvenir de sensations brutes, sons des voitures au loin, des cloches, bruits des autres personnes autour de moi, odeurs, douleurs ou absence de sensation dans les jambes ou dans le dos.. Si je cherche à prendre conscience de ce qui se passe je retourne immédiatement dans les pensées. Il y a parfois des choses lointaines qui me reviennent en mémoire, des images mentales, un peu comme si on rêvait mais éveillé. Puis son de cloche et on se lève difficilement pour faire kin-hin. Pendant kin-hin on fait attention à synchroniser la marche avec la respiration et aux sensations dans les pieds et dans les jambes mais surtout à trouver le bon équilibre. Puis retour à Zazen, le calme revient plus vite dans les pensées. Parfois, c'est le moment où je m'ennuie le plus en attendant le kusen, car je sais que ce moment risque de ne pas durer longtemps et qu'il est inutile de partir dans une grande réflexion à ce moment là. Je passe en mode attente contemplative. Puis pendant le kusen, j'écoute avec attention en essayant de comprendre et je garde pour moi mon esprit critique. Puis je repasse en mode attente contemplative jusqu'au tambour. ...Puis les chants pendant lesquels j'essaye de me synchroniser avec les autres. Après la méditation, je suis plus attentif à tout ce que je fais et aux autres pendant le pot avec les autres. Je passe en mode écoute. Je fais encore plus attention en conduisant et généralement j'ai faim. et je suis toujours super content de retrouver mes enfants.

La pratique de la pleine conscience nous rend-elle plus conscient?

Pour ce que je pense en avoir compris, il me semble que oui. En ne voyant dans ma douleur qu'un phénomène auquel je ne dois pas m'identifier, tout en pratiquant l'auto-compassion, je pense que l'on peut aboutir à un mieux-être, une ouverture au monde et aux autres et donc à un sentiment de présence accru par une meilleure interaction aux autres. On peut donc avoir le sentiment d’être plus conscient ce qui ne signifie pas forcément que l'on soit réellement plus conscient. On est quand même réellement un peu plus conscient si l'on cesse un peu d'être à côté de ses pompes mais il y a toujours un progrès possible pour sortir de l'illusion pour ne pas dire du Samsara.

Peut-on apprendre la méditation en lisant des livres et en écoutant des cds?

Oui et non. Tout dépend de ce qu'on entend par méditation. Certains cds sont vraiment bien fait et permettent une vraie relaxation. Lorsque mon fils à du mal à s'endormir je lui fais écouter une méditation guidé qui est d'une efficacité redoutable. Cela n'a presque rien à voir avec zazen. Zazen ne me relaxe pas du tout et après j'ai souvent du mal à m'endormir. Le mieux, c'est d'apprendre avec un maitre même si la technique est simple :  seulement s'assoir et (à minima) laisser les pensées s'envoler, (idéalement) se dépouiller du corps et de l'esprit.


Peut-on devenir un instructeur de méditation après deux mille heures d'assise?

Si un instructeur de méditation est quelqu'un qui vous montre grossièrement la posture puis vous guide oralement lors des premières minutes, il n'est pas nécessaire d'avoir deux mille heures d'assise. En revanche, si on parle de la relation maitre disciple telle quelle apparait dans le zen, ce n'est pas le nombre d'heure d'assise qui importe mais la transmission, que le maitre atteste le disciple pour qu'à son tour celui-ci puisse devenir un maitre. Seul un vrai maître peut vous enseigner la posture juste et 40 ans de pratique ne sont pas de trop.


3 commentaires:

  1. lui je l'aime pas , il fait trop faux cul !

    ABRAXAS

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    1. Si tu étais par delà le bien et le mal, tu arrêterais de juger à l'emporte pièce.

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  2. Il me semble que le personnage de Claude Frollo, dans Notre Dame de Paris de l'oeuvre de Victor Hugo, est assez explicite, quant à l'exclusion systématique des jugements "j'aime, j'aime pas",
    au prétexte du "par delà"...

    https://www.youtube.com/watch?v=Q4btAtjZuJ0


    Djibril

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