Taisen Deshimaru - Enseignement oral - N° 15 - Concentration et Observation - Volume 2

"Dieu n'est qu'une projection imaginaire de l'homme qui se trouve "dépossédé" de quelque chose qui lui appartient en propre au profit d'une réalité illusoire. Nier l'existence de Dieu et de l'au-delà n'est donc pour l'homme que reprendre possession de son bien" p130
"La communion divine, la fusion mystique est recherchée au moyen du rejet du corps; cela est proche du zen Rinzaï dans sa recherche du satori, qui est appelé kensho: nécessité de trouver la nature de bouddha; les koans sont censés jouer un grand rôle. C'est pourquoi le christianisme comme le zen Rinzaï sont des religions affaiblies" p263
Les chrétiens aiment bien le zen Rinzaï qu'ils préfèrent au Soto; celui-ci est trop profond; il n'y a pas dans le soto d'illumination à rechercher. p266

Je reprends ici ce que j'écrivais ailleurs en commentaire:

Le Dieu dont parle Deshimaru n'a plus rien à voir avec le Dieu du Christianisme. Il remplace le mot Bouddha par le mot Dieu et le tour est joué. Même les chrétiens n'y voient que du feu.

Je cite Deshimaru "L'idée de Dieu doit contenir celle de Bouddha et l'idée de bouddha doit contenir celle de Dieu."

Aucun chrétien ne dit ça.

Je fais la même chose quand je dis que Dieu est entré en paranirvana... c'est la même chose que de dire qu'il est mort.

Il dit: il faut créer l'harmonie des religions pour l'avenir et en même temps il dit il nous faut aller au delà des religions.
Entendez faire zazen. Fini la messe, fini la transubstanciation, fini l'Oraison. Vous retirez l'essentiel du christianisme si vous retirez tout pour ne garder que zazen.

Si vous comprenez bien ce qu'il dit vous ne pouvez rester Chrétien et croire que Dieu va vous sauver.... Qu'il y aura un jugement dernier... que le christ est ressuscité, etc etc...

Deshimaru plaque son bouddhisme sur le christianisme.  Il expurge tout du christianisme notamment la croyance en un âme

"Existe-t-il un atman? Atman veut dire âme, ego, noumène, âme spirituelle, substance de notre corps et de notre esprit. Alors Nagasena nia aussi cette existence" Concentration et observation p210


Toujours dans Observation et concentration, Deshimaru explique p 243 244 quelle était les croyance de sa mère qui était une adepte de la Terre Pure. Deshimaru raconte qu'il a appris l'anglais avec une jolie anglaise de 26 ans dont il était amoureux et qui lui a enseigné le christianisme. Il aurait fait n'importe quoi pour elle, notamment se faire baptisé. Il dit qu'il a vu à travers le christianisme le bouddhisme de sa mère. Dieu c'est Amitābha et jesus c'est Shakyamuni.

"J'ai pensé que le christianisme était mieux. Je ne me suis pas concentré que sur le christ mais aussi sur cette fille. Elle m'apprenait à danser"...

"Ensuite j'ai entendu dire que l'essence du bouddhisme Mahayana était le zen...

puis il cite Maître Eckhart qui dit

"Tant que l'âme n'a pas abandonné Dieu, elle est mue par des désirs"

puis il dit

"Les chrétiens aiment bien le zen Rinzaï qu'ils préfèrent au Soto; celui-ci est trop profond; il n'y a pas dans le soto d'illumination à rechercher nous sommes seulement pénétrés du pouvoir cosmique fondamental à travers zazen"

C'est ce pouvoir cosmique fondamental qu'il appelle Dieu.

Est-ce que dans le Christianisme Dieu est le pouvoir cosmique fondamental? La force tellurique? J'en doute

"C'est découvrir Dieu à l'intérieur de notre esprit pas. au fond des cieux"

puis il dit que Dieu est mort.

puis
"Je croyais plus en la bible avec sa couverture en cuir qu'en tous les vieux textes des sutras. Tout cela m'a marqué dans ma jeunesse. Mais par la suite, cela ne put me satisfaire"

puis Au disciple S'il vous plaît montrer ce paradis
"Le Christ a dit "le paradis, le ciel sont à votre portée"
"S'il vous plait montrez ce paradis"
si le disciple montre sa main, je répondrais "rien, ku, Votre main est vide, pourquoi?" S'il ne peut répondre, je lui donnerais le rensaku "Vous devez encore continuer zazen"

Le paradis pour Deshimaru c'est KU, RIEN. En tous cas pas la vie éternelle en Dieu


"Il est écrit dans le shodoka "il n'y a ni bouddha ni Dieu. Tous les sages et vénérables sont comme des éclairs dans le ciel"

"Nous ne devons pas nous attacher.".. "On voit que chacun a des catégories différentes concernant Dieu ou le Christ."

Quand les chrétiens s'approprient les discours de Deshimaru et là c'est la catastrophe... atman anatman bouddha vacuité dieu... tout est pareil... ça devient du gloubiboulga
Ce n'est plus le zen.

"le père Lassalle (...) ne comprend rien du tout au zen soto. Il comprend le zen chrétien.(...) le christianisme est le christianisme et le zen est le zen. Or je veux aller au delà des deux

puis il cite le père Lassalle et conclut

C'est le christianisme. Ce n'est pas du tout le zen.

Vous pouvez toujours dire que c'est Dieu en tant que concept qui est mort... Sauf que quand vous dites que Dieu est éternel vous en faites un concept. et c'est bien ce qui est éternel qui est précisément mort.

Encore une fois le meilleur moyen de ne pas en faire un concept c'est de garder le silence. Ce que l'on ne peut dire, il faut le taire.

Frère Antoine du Rocher de Roquebrune - Une bouffée d'ermite

"Quand le moine zen Deshimaru est venu chez les moines de Bellefontaine. On la conduit à la messe, à la place d'honneur
et voilà qu'au moment de la communion, le frère Deshimaru a suivi les autres qui allaient recevoir le Dieu trois fois Saint. Un trappiste réussit à le rattraper par la frange de son manteau.
Que dit Deshimaru?
"Est-ce que le Seigneur de chez vous n'est pas la sainteté de partout?" Tabou tabou." Frère Antoine du Rocher de Roquebrune

Si l'anecdote est véridique elle est surprenante parce que Deshimaru était baptisé et qu'il pouvait très bien recevoir la communion. Seulement les moines trappistes devaient l'ignorer. Qu'ils lui aient refusé la communion révolte notre auteur qui plaide pour un fort œcuménisme du haut de son rocher. Mais avant d'être sur son rocher, il raconte son histoire fort passionnante.

"Je me mis alors au service du moine le plus insupportable du monastère. Personne ne voulait travailler avec lui tant il était mesquin et tatillon. Je pense que c'est moi qui eus le don de l'apprivoiser à la fin. Heureusement qu'il n'entendait pas le mantra hindou de Ramdas qui me servait de carburant pour faire monter mon moteur au-dessus de ses récrimination... Quel chapitre j'aurais reçu!
Au bout de cinq ans de vie érémitique, j'appris par la chronique du monastère que ce moine était mort en odeur de sainteté. Ses cinq dernières années, il avait retourné contre son propre ego l'instrument acéré qu'il avait aiguisé et émoussé pendant  vingt ans sur celui des autres."

Cette histoire montre bien qu'un fort sens critique mesquin et tatillon n'est pas nécessairement un handicap sur la Voie.

Chronique de la vie quotidienne #2

6 février 2019 : 30 minutes faciles à 12° ce matin mais il faisait humide... rien d'extraordinaire comparé à hier soir au Dojo. 

D. nous a raconté dans les vestiaires avoir eu une montée de chaleur dans la colonne vertébrale et d'avoir eu envie de tous nous embrasser dans le dojo. Les sons lui ont fait énormément d'effets. Il a trouvé ça très curieux et remuant mais pas désagréable. E. a exprimé sa joie de venir régulièrement au dojo. Difficile de ne pas être touché. Le kusen de C. a porté sur le fait que nous nous croyons illusoirement séparé.

Chronique de la vie quotidienne #1

Et si j'ai envie d'écrire de courtes chroniques de la vie quotidienne... c'est mon blog. Je fais ce que je veux.

1er  février 2019. J'ai fait zazen plus de 30 minutes à 8° en t-shirt ce matin dans ma véranda comme tous les matins mais j'ai craqué avant que mon portable sonne la fin. J'ai fait kin-hin les pieds nus sur le carrelage en attendant les 3 minutes restantes.  Comme d'habitude, petite crise de fous rires au moment où ça devient vraiment désagréable lorsque les sensations remontent. 

Hier soir au Dojo, le kusen de F. portait sur la Joie qui ne vient pas d'une récompense après une longue attente mais de l'activité ou de la non-activité elle-même, en zazen... L'une des 108 portes du Dharma. 3 minutes avant la fin, je n'étais pas vraiment dans la joie. La joie ne se commande pas.


Taisen Deshimaru - Enseignement oral - N° 8 - Shin jin mei de Maître Sosan

Lors d'un séminaire sur le Tchan, Catherine Despeux à beaucoup insisté sur l'importance de la pause à la fin de l'expiration en méditation. Elle a posé la question de savoir si on trouvait une telle idée chez Deshimaru et j'ai été bien étonné de trouver, à postériori, une occurrence de cette idée. Je serais passé à coté si Catherine Despeux n'avait pas attiré notre attention sur ce point.

"C'est la méthode de respiration qui est un facteur de dévelloppement d'énergie important dans la posture de zazen" (...)
"La respiration est à l'opposé de la respiration habituelle. L'accent est mis sur l'expiration qui doit être longue, profonde et calme. L'inspiration se fait alors automatiquement, après un court temps d'arrêt à la fin de l'expiration".

Catherine Despeux à insisté sur le fait qu'il ne faut pas bloquer la respiration mais seulement observer ce temps d'arrêt comme s'il devait apparaitre de lui-même.

On peut se demander à quoi ça sert. J'ai trouvé une vidéo qui répond assez bien à cette question ici



Lian Hearn - Le Clan des Otori, Tome 5 : Le Fil du destin

"Complots, trahisons, vengeances, mais aussi amitiés loyales et amours passionnées.... Shigeru grandit dans l’ atmosphère oppressante du chateau de Hagi, fief du Clan des Otori dont il est l’héritier. Il a l’étoffe d’un chef, un caractère noble et droit, une éducation accomplie qui le portent à régner. Mais il doit faire face aux appétits de conquêtes de son voisin, l’ambitieux Iida, et aux machinations et traîtrises de ses propres oncles. À la sanglante bataille de Yaegahara, son destin semble scellé. Pourtant, préparant dans le secret sa revanche , Shigeru attend son heure - lorsqu’il apprend qu’un jeune garçon vivant dans les montagnes lui ressemble étrangement...
Le Fil du destin s’achève ainsi là où commence Le Silence du Rossignol…

Après la publication des trois premiers tomes de sa saga, Lian Hearn a voulu raconter, dans Le Fil du destin, qui était Sire Shigeru. Puis elle a écrit la fin de l’histoire (Le Vol du héron). Le Fil du destin, à travers la vie héroïque de Sire Shigeru, nous permet de mieux comprendre ce Japon féodal magnifique et redoutable que Lian Hearn fait revivre dans son oeuvre avec une force évocatrice incomparable.
Ce que je trouve amusant c'est que j'ai lu Le Clan des Otori, bien avant de rencontrer le zen. Cela a peut-être contribué à m'ouvrir l'esprit. Un passage m'avait particulièrement marqué. C'est quand le jeune seigneur, Shigeru, se retrouve dans un monastère bouddhiste parce que son père l'a envoyé dans cet endroit pour se former et qu'il bout d'impatience d'en sortir.

"Chaque jour, Shigeru s'attendat à commencer ses leçons avec Matsuda. Toutefois il ne voyait pas venir le vieil homme et personne ne lui parlait sinon pour lui enseigner la doctrine de l'illuminé en compagnie des autres novices. Levés à minuit, les moines priaient en méditation jusqu'à l'aube avant de prendre le premier repas de la journée - un peu de riz bouilli mélangé avec de l'orge. Puis il se consacraient aux tâches quotidiennes du temple : balayer, laver, entretenir jardin et potagers, même si ces activités à l'extérieur étaient écourtées par la pluie. Les novices passaient trois heures à étudier, lire les textes sacrés et écouter le commentaire de leur maître. Après avoir pris une nouvelle collation durant la première demie de l'heure du Cheval, ils retournaient dans le bâtiment principal pour prier et méditer.
Plus tard dans l'après-midi, ils faisaient des exercices conçus pour les entrainer à maîtriser leur puissance vitale et rendre leur corps aussi fort que souple. Shigeru constata que ces exercices avaient un rapport avec le maniement du sabre par la position et les mouvements qu'ils comportaient, mais sans exiger la même rapidité. Cependant les garçon ne tenaient jamais un sabre dans les mains. Les hommes plus âgés s'entraînaient au même moment avec des bâtons. (...) Quand l'entrainement physique était terminé, ils prenaient encore un repas - des légumes et un peu de soupe - puis se couchaient au crépuscule afin de dormir quelques heures avant minuit. (...)
Le pire moment était celui qui suivait le repas du midi. Assis en tailleur sur des coussins noirs et durs dans la salle obscure, ils dodelinaient de la tête en essayant de ne pas fermer les yeux. L'air était confiné, chargé de relents d'encens, d'huile de cire. Souvent le prêtre dirigeant la méditation marchait en silence parmi eux et sa main s’abattait avec une vigueur soudaine sur une oreille ou une nuque. Le coupable se réveillait en sursaut, les yeux brillant et les joues empourprées.
Shigeru redoutait d'être ainsi frappé. Il ne craignait pas la douleur mais la honte d'une telle scène. Il lui était impossible d'oublier qu'il était l'héritier du clan des Otori (...)
Lorsqu'il n'eut plus la force de garder les yeux ouverts et sentit tout son corps s'affaisser pour dormir, le prêtre le gifla sans brutalité, juste assez fort pour le réveiller. Même s'il n'avait pas mal, toutefois, Shigeru fut envahi par une telle rage qu'il crut qu'il allait défaillir s'il ne frappait pas quelqu'un sur le champ. Serrant les poings et la mâchoire dans son effort pour se maîtriser, il tenta de plier ses émotions au rythme paisible et aux paroles sans passion des sutras, en renonçant à toute lutte et tout désir...
Mais c'était impossible; Il avait beau être assis immobile, son cœur bouillait de colère. Il débordait de désir, de passion, d'énergie. Pourquoi gaspillait-il sa force dans cet endroit morne et stérile? Il n'avait pas à rester puisqu'il perdait son temps. On ne lui dispensait même pas l'enseignement qu'il avait attendu avec tant d'impatience. (...)
Il décida de s'en aler le matin. (...)
Avant qu'il puisse parler, le vieil homme lui dit :
-Ne vous asseyez pas, sire Shigeru. Aujourd'hui, vous devez vous rendre auprès de Matsuda
-Pour quoi faire? répliqua Shigeru non sans impolitesse, pris de court par ce contretemps imprévu
-Il vous le dira
Le professeur lui sourit et saisit le rouleau qu'il voulait dicter.
-Ecrivez, lança-t-il aux autres novices. "les causes de la souffrance humaine sont multiples."
-Où le trouverai-je? demanda Shigeru.
-Il vous attend dans sa cellule, de l'autre côté du cloître.(...) " Etre éveillé est le propre de la vie. Le sot dort comme s'il était déjà mort"
(...)
Matsuda était débout, habillé comme pour un voyage
-Ah sire Shigeru. La pluie a cessé. Nous pouvons partir aujourd'hui
-Où allons-nous, sire Matsuda?
-Nous allons étudier l'art du sabre. N'est-ce pas pour cela que votre père vous a envoyé ici? (...)
Matsuda lança par dessus son épaule
-Mais peut-être avez-vous décidé de nous quitter?
-Je ne partirai pas sans vous consulter
-Vous êtes l'héritier du clan, sire Otori. Vous pouvez agir à votre guise. Il est inutile de consultez un vieil idiot comme moi
Shigeru se sentit rougir. Il ne pouvait rien dire soit il se fachait et s'en allait, soit il suivait Matsuda avec docilité. La gorge serré. Il ravala sa colère
-Vous m'avez fait un grand honneur en acceptant d'être mon professeur, déclara-t-il. Je crois que je suis plus idiot que vous ne l'avez jamais été.
-C'est bien possible, grommela le vieillard en souriant intérieurement. mais qui n'est pas un idiot à quinze ans?"
Il s'ensuit un récit d'apprentissage entre maître et disciple assez passionnant.

Lian Hearn - Le Clan des Otori, tome 1 : Le Silence du Rossignol

"Au XIVe siècle, dans un Japon médiéval mythique, le jeune Takeo grandit au sein d'une communauté paisible qui condamne la violence. Mais celle-ci est massacrée par les hommes d'Iida, chef du clan des Tohan. Takeo, sauvé par sire Shigeru, du Clan des Otori, se trouve plongé au cœur de luttes sanglantes entre les seigneurs de la guerre.
Il doit suivre son destin. (...) Lorsqu'il rencontre la belle Kaede, un amour fou naît entre les deux jeunes gens : devra-t-il choisir entre cet amour, sa dévotion à sire Shigeru et son désir de vengeance ? Sa quête le mènera jusqu'à la forteresse d'Inuyama, lorsqu'il marchera sur le " parquet du Rossignol ". Cette nuit-là, le rossignol chantera-t-il ?

J'aime particulièrement ce passage où Takeo s'entraine à l'escrime avec Kaede qu'il vient tout juste de rencontrer. Ils ont 15 ans tous les deux.

"Je pris mon bâton à contrecœur. Dehors la pluie redoublait de violence. La salle était plongée dans une lumière verdâtre qui estompait les contours. Nous semblions perdus dans un monde à part, isolé de la réalité, ensorcelé.
La reprise ressembla d'abord à un entrainement ordinaire, chacun de nous essayant de déstabiliser l'autre, mais j'avais sans cesse peur d'atteindre son visage et elle ne me quittait pas des yeux. Nous étions tous deux hésitants, embarqués dans un jeu étrange dont nous ignorions toutes les règles. Puis, sans que je puisse dire à quel instant, le combat se transforma en une sorte de danse. Un pas, un coup, une parade, un pas. Le souffle de Kaede s'accéléra, faisant écho au mien, jusqu'au moment où nous respirâmes à l'unisson, où ses yeux se mirent à briller dans son visage illuminé, où nos coups se firent plus violents et le rythme de nos pas plus trépidant. Par moment je dominais, puis c'était son tour, mais aucun de nous ne parvenait à prendre le dessus - en avions-nous seulement envie?
Enfin, presque par erreur, je déjouai sa garde et préférai lâcher mon bâton plutôt que de risquer de toucher son visage, Aussitôt, Kaede abaissa son propre bâton et lança:
-Je me rends
-c'était bien commenta Shizuka, mais je pense que Takeo aurait pu y mettre plus d'énergie.
Je restais debout, les yeux fixés sur Kaede, en ouvrant la bouche comme un idiot. Je me dis "Si je ne la serre pas dans mes bras maintenant, j'en mourrai"
Kenji me tendit une serviette et me donna une bonne tape en pleine poitrine
-Takeo... commença-t-il
-Quoi? dis-je d'un air hébété
-Essaie de ne pas tout compliquer!"

Ce passage décrit bien un micro-moment d'amour dont parle Barbara Frederickson dans Love 2.0 Finding Happiness and Health in Moments of Connection. On retrouve les trois points importants:
- partage d'une émotion positive
- synchronisation physiologique et physique
- Volonté consciente d'aider l'autre.

J'aime aussi ce passage parce qu'ils se donnent des coups de bâtons, ce qui n'est pas sans évoquer le Kyosaku. Les vibrations que l'on ressent lorsqu'on reçoit le Kyosaku donnent un tel effet de réel....

Tordage de nez

 Commentaire d'un commentaire d'une page de bd qui raconte comment un disciple de Kapleau à tordu le nez de Douglas Harding
 http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2018/03/09/36212705.html

"Ce n est pas parce que l on vit l éveil que l on doit tout accepter. Il y a des comportements déplacés et celui là en est un. Je ne pense pas qu il y avait une raison spirituelle" Nicolas

ahahah une raison spirituelle!. Je pense que c'était une façon de rappeler à Douglas Harding qu'un éveil désincarné est une illusion. Et que contrairement à ce qu'il pense, il n'a pas complètement perdu la tête.

Qu'il se soit mis en colère ou pas n'aurait rien changé à la leçon. Est bien arrogant celui qui prétend faire la leçon aux autres sans jamais en recevoir.

"Mais je connais son histoire et sait toute l énergie qu il a dépensé pour transmettre ce cadeau. Il est tout à fait normal que ce "tordage" de nez ne lui ai pas plus. On en revient tjrs au fait que l être humain accepte difficilement ce qui lui ai donné"Nicolas

Douglas Harding n'a visiblement pas apprécié à sa juste valeur le cadeau de Kapleau. Plus le cadeau est gros plus il est difficile à accepter. Un coup de Kyosaku sur l'épaule aurait peut-être été plus sympathique qu'un tordage de nez et peut-être moins contre-productif. Parce qu'au final il n'est certain que Douglas Harding ait compris la leçon. Les éveillés ne sont pas toujours très malin.

A propos des renaissances.

  1. "Sa propre promotion au sein du système SKM ne l’intéresse pas, il s’intéresse au bien des êtres. La réincarnation ne fait pas partie de ses préoccupations."

    Mais c'est quoi le bien des êtres si ce n'est leur libération du cycle des renaissances.

    Dogen critique sévèrement le taoïsme:
    "Ils prennent pour essentiel la science de servir le Seigneur avec loyauté et de gouverner la famille durant à peine une vie."

    Maître Dôgen - Le moine ayant atteint le quatrième stade de méditation [Shizen-biku] - Shôbôgenzô, la vraie Loi, Trésor de l'Oeil - Tome 8

    Derrière le "à peine une vie" il faut entendre une critique de la vision court-termiste de celui qui souhaite sortir du réincarnationisme

    Mais si d'un côté il fustige ceux qui ne croient pas à la Loi de causalité (qui implique une rétribution karmique) d'un autre
    il insiste sur l'importance de faire passer les autres avant soi-même au moment de la libération.

    Pour des questions de cohérence on est bien obligé de maintenir comme un choix éthique également valable les renaissances et la libération.

    L'erreur c'est surtout de confondre réincarnation et renaissances.
    Quelqu'un qui se convertit à une autre religion change de nom, ce n'est plus la même personne même s'il fallait bien qu'il y ait quelqu'un au préalable. Entre deux renaissances il y a un lien causal mais presque rien en commun. On donne l'image des deux plateaux quand l'un descend l'autre monte sans rien qui passe de l'un à l'autre.
    On peut donc concilier absence de soi et continuité causale à travers la notion de renaissance.
    Même si la personne qui va renaitre à ma mort ce n'est pas vraiment moi, d'un point de vue éthique, je ne dois pas lui pourrir karmiquement sa prochaine existence.

    Dire "La réincarnation ne fait pas partie de ses préoccupations" me semble fallacieux.
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  2. Oui, j’aurais dû dire qu’elle ne fait pas partie de mes préoccupations :-)

    Blague à part, on peut opposer des citations et les opinions des divers maîtres, il reste un fait que le Bouddha vivait dans un monde, où cette croyance était répandue. Selon sa légende, lui-même, en tant que śramaṇa avait cherché à sortir du système SKM. Et en tant qu’instructeur il enseigna aux śramaṇa comment en sortir, tout comme il pouvait enseigner aux brahmanes conformément au brahmanisme, en utilisant la terminologie et les images brahmanistes. « Croyait »-il en Brahma, à la réincarnation, à la réalité du SKM ? Il enseigna la libération (mokṣa) ou le nirvāṇa. Cette liberté-là a-t-elle besoin de la réincarnation ? Le chemin vers cette liberté passe-t-il par la croyance en la réincarnation ?

    En revanche, il a dit que le désir ou la soif (rāga) d’une existence sensorielle (kāma), matérielle subtile (rūpa) ou immatérielle (arūpa) était une entrave à la libération. A chacun de voir si sa croyance en la réincarnation comporte le désir d’une de ces existences, et pourrait être une entrave. On pourrait déduire de cela que même le désir de ne pas/plus exister pourrait être une entrave aussi, même si on voit mal de quelle façon on existerait si ce n’est ni matérielle, ni matérielle-subtile ni immatérielle.

    Le bouddhisme n’est pas une foi qui libère. Le Bouddha n’oblige pas de « croire » en le karma et la réincarnation, et une telle « croyance » n’a en soi riend de libérateur. Il ne fustige pas non plus ceux qui n’y « croient » pas. Il dit de s’abstenir des actes non-vertueux et de pratiquer les vertus, ça oui, il le dit et il l’enseigne. Après, qu’est ce qui peut nous motiver à le faire en effet, c’est une question de disposition je pense.
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  3. Oui, je suis d'accord. Il y a de nombreux passages dans lesquels le Bouddha dit que la croyance en la réincarnation peut être un obstacle à la libération.

    "On pourrait déduire de cela que même le désir de ne pas/plus exister pourrait être une entrave aussi"

    C'est pourquoi dans le zen soto, on ne recherche pas l'éveil et que l'on considère que c'est la pratique elle-même qui est l'éveil ("s’abstenir des actes non-vertueux et de pratiquer les vertus")

    "Le Bouddha n’oblige pas de « croire » en le karma" mais il dit dans un soutra (Soutra de la pousse de riz) que celui qui comprend le karma, la loi de causalité comprend le Dharma. Celui qui comprend, parce qu'il en fait l'expérience, n'a pas besoin d'y croire.

    Poser le problème en terme de croyance c'est à mon avis mal poser le problème.

    Dans le zen on dit parfois qu'on peut expérimenter en zazen la transmigration dans les six mondes d'existence. A partir du moment où vous en faites l'expérience vous ne le posez plus en terme de croyance. Mais cela ne suffit pas pour nous motiver.

    Dogen écrit :
    "Il y en a qui ont obtenu, de façon innée, le pouvoir surnaturel de connaître leurs vies antérieures. Et pourtant, ils n'ont pas pour autant obtenu la graine de l'éveil parfait ; ils auraient plutôt éprouvé l'effet de leurs mauvais actes. "

    Se souvenir de ses vies antérieures n'aide pas contrairement au fait d'éprouver les conséquences négatives de nos actes.

    Or nous avons tendance à dire que ce qui importe c'est l'instant présent. Et nous nous représentons cet instant présent comme un point qui se déplace sur la ligne du temps. Réincarnation ou pas nous nous identifions à ce point.
    Celui qui s'éveille par la pratique prend conscience que l'instant présent n'est pas un point sur la ligne du temps mais la ligne du temps elle-même. C'est à partir de là que nous disons dans le zen qu'il n'y a plus ni vie ni mort. Cela élargit considérablement la perspective (ou la retourne) sans contredire l'idée de renaissance.
    Nous savons que nos acte vertueux porteront leur fruits. Et ce qui nous semble une bonne disposition innée n'est jamais qu'une bonne disposition acquise dans une vie précédente.

    Et de ce fait, effectivement, les renaissances cessent d'être une préoccupation.
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  4. Je fais la différence entre la production conditionnée (causalité), dont on peut faire l’expérience et les spéculations d’une nature plus anecdotique, et dont on ne peut pas faire l’expérience ni établir des liens de cause à effet, ici et maintenant. Comme vous dites, imposer une croyance ou fustiger le manque de croyance, ce serait mal poser le problème d’un point de vue bouddhiste.

    Au niveau du Dharma, de la production conditionnée, et de la pratique, on peut travailler sur les passions (kleśa), qui sont les causes des « six mondes ». Après, la façon d’éprouver les effets de ces passions, c’est anecdotique. Ce qui concerne un bouddhiste est le travail sur les causes. Même le pouvoir surnaturel de connaître ses vies antérieures, devait-il exister, ne le concerne pas. Autant regarder Netflix.

    Je suis d’accord en grande partie avec vous. Quant à savoir que nos actes vertueux porteront leurs fruits, c’est évidemment ce que l’on espère. Mais sur ce point, je suivrais plutôt la notion des actes désintéressés du Bhagavan Gita. Même si le fruit ne se produit pas, j’aurais bien agi. Ou Seneca qui dit que la récompense de la vertu est la vertu.
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  5. Curieusement ce qui me choque dans votre réponse c'est le "Autant regarder Netflix." Au delà de la provoc, je ne sais pas trop pourquoi ça me choque autant. Vous voulez dire par là que vous ne vous sentez pas plus concerné par vos vies passées que si c'était du cinéma.

    Ça m'évoque deux choses que j'ai lu chez Ian Alexander qui est passé sur votre blog pour vous parler "Chakras" (ce qui m'a bien fait rire)
    D'une part c'est de sous-estimer à quel point le cinéma et les séries sont susceptibles d'avoir une mauvaise influence sur notre psychisme. (j'avoue ne pas connaitre l'offre Netflix). J'ajoute pour ma part qu'il semblerait même selon pas mal d'études que la catharsis en tant que purification des passions soit une grosse ânerie.

    D'autre part, il s'était étonné sur son blog qu'un traducteur de textes bouddhistes qu'il avait rencontré IRL se sente aussi peu concerné par ce que racontaient les textes qu'il traduisait, notamment sur le plan pratique.

    Je ne dis pas que c'est votre cas.

    Au delà du caractère très secondaire de la connaissance de mes vies antérieures, j'avoue que je ne détesterais pas rencontrer un maître qui me dirait où j'en suis sur la voie, quelle est la prochaine étape et comment gravir la prochaine marche. Et si au passage il pouvait réparer mon appareillage énergétique, je ne dis pas non. ...Pour pouvoir mieux aider les autres ensuite, évidemment. Alors que Netflix... Passons...

    J'ai néanmoins beaucoup de gratitude pour les traducteurs qui mettent à notre disposition tant de textes. Merci, au passage.
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  6. Merci de votre message. La remarque sur Netflix est un peu provocatrice, je le concède. Les Jatakas qui racontent des vies anétrieures du Bouddha sont très distrayants, et édifiants comme peuvent l’être les fables. Pour le reste, je n’en tire pas grand-chose. Je suis à la limite plus intéressé par la vie future. J’espère que vous rencontrerez un maître qui vous racontera vos vies passées et qui vous aidera à réparer votre appareillage énergétique. :-)
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  7. Je suis désolé j'ai l'esprit d'escalier je viens de comprendre ce qui me choque dans "Autant regarder Netflix". Ce serait l'idée que si nous n'avons pas de moi substantiel, une expérience en troisième personne équivaudrait à une expérience en première personne.
    Or comme le dit Nietzsche "Personne ne peut tirer des choses, y compris des livres, plus qu’il n’en sait déjà. Ce à quoi l’on n’a pas accès par une expérience vécue, on n’a pas d’oreilles pour l’entendre" C'est évident pour les chakras.

    Le pouvoir de connaitre ses vies antérieures et futures s'accompagne parfois du pouvoir de connaitre les vies antérieures et futures des personnes à qui on s'adresse... ce qui permet d'adapter son discours à la personne à qui on s'adresse.

    C'est probablement ce qui m'a fait rire en lisant Ian Alexander. Bien que ne bénéficiant pas d'un tel pouvoir son discours m'a semblé peu adapté à ce blog. Je me trompe?

    Pour finir: Les deux inconvénients de ne pas croire aux renaissances c'est d'errer en vain de vie en vie et l'autre c'est de répéter indéfiniment les mêmes erreurs sans le savoir.
    C'est probablement ce qui fait de la pensée de l'éternel retour, une pensée possédant par elle-même une efficacité libératrice pour Nietzsche.

Monde invisible

Je voulais reprendre ici ce que j'écrivais en commentaire d'un article de blog qui s'intitulait "Laisser tomber les divinités bouddhiques ?" pour le développer un peu.

Je ne pense pas qu'il soit indispensable, du moins au début, de se relier au monde invisible (dans lequel les yidams sont loin d'être des abstractions) mais nier ce monde invisible me semble aussi stupide que si un aveugle niait l'existence des couleurs sous prétexte qu'il ne les voyait pas.
Je soupçonne les tibétains de tenir un double discours l'un exotérique pour les occidentaux aveugles et un autre plus ésotérique pour les initiés sans y voir pour autant de la malveillance bien au contraire. 
Il s'agit de s'adapter au niveau spirituel des personnes à qui on a affaire. A quoi bon parler de l'existence de ce que l'autre ignore puisqu'il y est totalement insensible et qu'il y a peu de chances que cela change. Autant éviter les dialogues de sourds avec des aveugles. C'est du bon sens.

Cela ne me semble pas indispensable également parce que rares sont les yidams disposés  à nous aider.
Les yidams ont probablement mieux à faire que de s'occuper de créatures aussi peu évoluées que nous. C''est ce en quoi je rejoins Epicure : Les dieux existent mais ils ne sont pas à craindre."

L'article ouvrait sur l'idée d'un bouddhisme plus séculier telle qu'on l'a trouve chez Stephen Batchelor et concluait sur :
" En conclusion, je dirai que le bouddhisme gagnerait à sortir de la foi du charbonnier et à mettre en avant une philosophie rationnelle plutôt que son aspect strictement dévotionnel et affectif. "
Le problème c'est que la plupart des gens n'ont pas accès du tout au monde invisible et n'en ont qu'une connaissance par oui dire. Or il est difficile d'avoir la bonne attitude par rapport à cette connaissance par oui dire. 

Soit on est dans le déni en rejetant tout dans le trou noir des superstitions. Il faut dira aussi que beaucoup de gens en parlent à partir de cette connaissance par oui dire sans en avoir l'expérience d’où le l'impression d'avoir souvent affaire à du grand n'importe quoi.

Soit on y accorde foi pour des raisons qui peuvent être plus ou moins bonnes.  
L'une des raisons d'y donner foi c'est qu'il semble peu probable de faire l'expérience de ce monde invisible si on n'est pas dans une bonne disposition d'esprit. Être dans le déni est le meilleur moyen de s'en interdire l'accès. C'est ce qui fut longtemps ma position.

Mais avant cela on pourrait se demander l'intérêt d'accéder à ce monde invisible. Il semble quand même de peu d'intérêt à moins d'en faire commerce que ce soit pour de bonne raison comme soigner les gens ou pour de mauvaises raisons comme faire fortune. Il ne faut pas passer sous silence non plus que ce n'est pas sans danger. Plus d'un y ont perdu la raison.  Il me semble donc défendable d'être dans le déni pur et simple du monde invisible. C'est le meilleur moyen pour que celui-ci vous laisse tranquille. D'autant plus qu'à moins d'être bien entouré par des gens qui en ont l'habitude et en qui il serait souhaitable d'avoir confiance il est délicat de savoir exactement à quoi on à affaire.

Sur ce sujet,  j'ai changé d'avis. Il me semble désormais qu'un accès minimaliste et progressif peut être bénéfique à condition de cultiver de bonnes dispositions d'esprit et de combattre ses démons personnels. Autant dire que le gros du travail à faire, du moins dans un premier temps, ne se situe pas dans le monde invisible. En effet, l'autre gros danger du monde invisible c'est de courir après des chimères sur fond d’ennui. Ce qui est le meilleur moyen d'y perdre sa raison. Si s’intéresser au monde invisible permet de devenir une meilleur personne, alors pourquoi pas, sinon autant laisser tomber.